I.B FIFRE
du camp, i la vue de l'épaisse fumée répandue au-dessus de Tespace que je présumais être je village occupé par les vainqueurs. C'était le témoignage d'une nuit passée à brûler des feux de joie. A mesure que je m'enfonçais dans les broussailles formant les remparts du village, la fumée prenait une teinte rougefttre, et elle apportait avec elle une odeur de roussi, bien faite pour alarmer un Européen dans un pays où l'anthropophagie n'aurait pas été tout à fait inconnue. Au sortir de la haie, j'eus sous les yeux un vaste emplacement couvert de matières à demi brûlées, flambant encore çà et là, et sur lesquelles rôtissaient, sans le luxe du gril, des moutons tout entiers, chair et laine, des collections de bœufs avec leurs cornes. L'aspect était aussi lugubre qu'infect. On ne me demandera pas si j'étais encore loin du village auquel j'avais le projet de me rendre. J'y étais. Ce tas de feu et de cendres constataient le sort qu'il avait subi de la part des Maures. Aucune autre indication ne me fut nécessaire pour comprendre que ces chairs grillées représentaient évidemment le contingent des bestiaux d'abord conquis par les noirs, et repris par les Maures, restés en dernier lieu les maîtres du champ de carnage où j'étais. J'ai su depuis que ceux-ci avaient fondu, au milieu de la nuit, sur leurs vainqueurs couchés à terre par le triomphe et l'eau-de-vie, et qu'ils en étaient venus facilement à bout. Dans la précipitation de leurs succès, ils avaient jugé à propos de diviser en deux parts le fardeau de leur butin. Ils emportèrent les noirs pour les vendre sur la côte à
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