‹ NouvellesChapitre 19 sur 38 · IB FEU · texte numérisé non relu

IB FEU

vant aucune fatigue dans leurs investigations. Ils traversaient des bois effrayants de solitude pour pénétrer dans Pintérieur de quelque ancienne pagode dévastée dont la bibliothèque se cachait sous les décombres, et dont le bibliothécaire en chef était un tigre. Crawford avait failli être dévoré par un lézard, ami de l'homme ; ces sortes d'amis ont dix pieds de long dans l'Inde; Amiel avait été sur le point d'être écrasé sous les pieds d'une troupe d'éléphants, animaux qui pourtant reconnaissent un Dieu.

Un jour, sir James Crawford et M. Âmiel se revirent à leur quartier général, à Pondichéry, après une absence employée par chacun d'eux à leur difficile perquisition. Le sourire de la joie pétillait dans les yeux du savant Provençal, quelque effort qu'il fit pour retenir son visage dans le cadre de son expression ordinaire. L'électricité du contentement pétillait au bout de chacun de ses cils. Il était distrait et écoutait sir James Crawford ; ainsi sont les amants qui ont une lettre de leur bien-aimée dans la poche. Vous leur parlez, ils sont dans leur poche. « Il est content, pensait sir James Crawford; pourquoi est-il si content? Âurait-il trouvé le Phalou ? Il aurait cet honneur! »

« Monsieur Amiel, nous paraissons fort gai, aujourd'hui ?

— C*est que ma santé se rétablit, cher monsieur Crawford.

— Votre santé? mais vous n'avez jamais été malade !

LE FEU. aSS

— Je vous demande pardon, monsieur Crawford; je souffre de la rate; je souffrais beaucoup, du moins, car je suis guéri, je crois.

— Il est extraordinaire que vous ayez trouvé votre guérison dans ces climats.

— Pourquoi pas, monsieur Crawford?

— C'est que nous habitons un pays où tout le monde a le foie attaqué, et précisément vous y guérissez de la ra,te !

— Que voulez-vous?

— Je veux vous féliciter d'un si beau résultat, monsieur Âmiel. — Comme il ment! murmurait sir James Crawford ; le tartufe donne de faux prétextes à sa joie. Je le démasquerai. Et le Phalou, monsieur Amiel, le Phalou, que devient-il?

— Oh! le Phalou, le trouverons-nous jamais?

— L'hypocrite! pensa sir James Crawford; il est sur la voie, à coup sûr. — Nous ne devons pas renoncer si vite, cependant.

— Renoncer! non; mais nous ne devons pas compter sur sa découverte avant bien du temps,

— Allons, réfléchit sir James Crawford, il veut me donner le change. Il est sur le point de s'emparer du livre mystérieux, s'il ne l'a déjà... Coupons court à cette prétention. Il aura avant peu de mes nouvelles. — Monsieur Amiel, je désire pour vous de tout mon coeur la continuation d'un si florissant état de santé. Je pars demain pour Sandras, où je vais poursuivre nos travaux, si stériles jusqu'ici.

— Bon voyage, cher monsieur Crawford, bon voyage! Au surplus, souhaitez-m'en autant. Je

pars dans le même but que vous, vous le savez, et avec aussi peu d'espoir, je l'avoue, m

Ici commence la grande comédie entre les deux savants : ils s'étaient longtemps observés, ils allaient bientôt se prendre corps à corps. Quelle lutte! quel combat! quelle Iliade!

Disons en passant que les deux brames, profitant de leur trimestre d'exploration, n'avaient plus reparu à Pondictiéry depuis leur première sortie. Comme ils devaient explorer!

Dix jours après l'entrevue des deux savants, une brochure bleue tombait sous la main de M. Amiel, étonné de froisser une brochure bleue dans un pays où l'on rencontre plus souvent sous la main des serpents que des brochures. M. Amiel n'en revenait pas. Elle avait été déposée clandestinement sur sa table. Le titre portait :

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