‹ NouvellesChapitre 33 sur 38 · LE SOUPER CHEZ LA FEMME SANS TÊTE · texte numérisé non relu

LE SOUPER CHEZ LA FEMME SANS TÊTE

Mais, après ces quinze jours écoulés, notre voyageur s'asseyait, vers neuf heures du soir, car c'est le soir que les mystères préfèrent se produire, à une table du cabaret de la Femme sans tête, hors de la barrière des Trois-Couronnes. Ses études, ses nombreuses recherches, les livres les plus renommés pour leur spécialité, quelques renseignements d'un caractère précis, lui avaient recommandé ce rendez-vous extra muros, comme le plus mal famé du genre. Gens dégradés, repas épouvantables, jeux cyniques, tout, disait-on, s'y trouvait réuni pour l'édification des amateurs. La police plongeait de loin en loin sa fourche dans cette mare, et en retirait des monstres du premier ordre qu'elle étalait ensuite sur les bancs des cours d'assises, au grand frémissement des deux sexes.

Déguisé en maçon, de peur d'être un troublefête ou un sujet de distraction pour les habitués de l'antre, M. Fitz-Gerald avait pris place à un coin de la table où le souper allait être servi. La physionomie des convives ne démentait pas les

belles prévisions de notre étranger avide de mystères. Ils avaient tous les bras nus, et sur leur chair accidentée de grappes de muscles, de nerfs gros comme des cordes et sillonnée de veines bleues, s'épanouissaient des tatouages étranges. Leurs mœurs et ces dessins, faits avec leur sang à la pointe du poignard, offraient de bizarres contrastes. Ces dessins représentaient des cœurs enflammés, des bouquets de fleurs, des corbeilles de fruits, des petits oiseaux, des chiens portant à la bouche ces mots : Emblème de fidélité, ou : A toi, mon amie, « C'est bien cela, pensait M. Fitz-Gerald, l'hommage involontaire rendu même par des scélérats à la nature, à l'amour et à l'amitié. »

On apporta le souper. Quel souper! C'étaient des cervelles à la poulette, des cervelles frites et des cervelles au jus. « Qui sait i qui elles ont appartenu ? » pensait Théroïque Fitz-Gerald. Après les cervelles, on apporta du foie de veau piqué et encore du foie de veau i la milanaise. « Ils sont bien gros, ces foies, pour n'appartenir qu'à des veaux », dit en lui-môme l'étranger. Cependant il en mangea, pour ne pas rester inoccupé et pour écouter sans affectation la conversation de ces bras nus.

Comme il écoutait!

Ils parlèrent de la maladie du raisin, de la cherté du blé, des élections académiques, et par^ ticulièrement de la dernière loi sur les sucres. « Je ne suis pas dupe de ces ruses-là, pensa Fitz-Gerald ; tout à l'heure ils s'épancheront. »

C'est au milieu de ces réflexions quMl entendit en portant son attention plus loin ou plutôt plus bas, car c'est sous ses pieds qu'était le bruit, qu'il entendit, disons-nous, verser comme un épais liquide et faire un grand bruit de déchargement. « Âh ! ah ! se dit-il, la besogne souterraine commence. Attention! i»

En effet, il vit bientôt s'esquiver deux à deux, trois à trois, les convives du cabaret de la Femme sans tête, la chandelle décroître et l'aiguille du coucou approcher de minuit. Où allaient ces hommes? Se coucher? se coucher! Il devint évident pour M. Fitz-Gerald qu'ils ne sortaient par la porte du fond que pour descendre secrètement dans ce caveau dont il y avait une des entrées sous les pieds, et où il entendait toujours et de plus en plus murmurer un liquide et rouler quelque chose de sec. Autre conviction effrayante, une odeur nauséabonde, un gaz de boucherie, monta à son odorat. On égorgeait sous lui, on tuait! Ces hommes étaient des assassins. Et pas d'erreur, de confusion possible : ce n'étaient pas là des bouchers.

Enfin, resté seul avec la fille du cabaret, déjà sur le seuil de la porte pour la fermer, il alla à elle et lui dit : « Voilà mille francs en or... — Mille francs ! — Ne perdons pas notre temps. Ils sont à vous, si vous voulez me laisser passer la nuit ici. — Ici? — Voulez-vous ? — Je veux bien. — Fermez donc votre porte doucement, laissez-moi la clef pour sortir quand je le jugerai à propos, et allez- vous-en ensuite. >i

La servante, après avoir fermé la porte do cabaret, se retira en laissant Fitz-Gerald dans la pièce, qui se trouva plongée dans l'obscurité la plus complète.

La rumeur souterraine continuant, Fitz-Gerald éloigna sans bruit la table, dont les pieds posaient, et ce n'était pas sans intention, sur la porte du caveau ; il glissa ses doigts dans l'anneau d'un des deux battants de cette porte, et, en tirant à lui, il produisit un entre-bâillement qu'il maintint au moyen d'un bouchon de liège. Par cette ouverture, il vit, à la rouge lueur de deux ou trois chandelles, tous les hommes avec lesquels il avait soupe. Horrible occupation! ils remplissaient des cuves de sang et mettaient des os en monceaux réguliers. Chacun contribuait diversement à cette œuvre nocturne. Celui-ci apportait le sang dans un double baquet, celui-là le recevait et le versait dans une cuve; un autre le vidait dans une rigole de pierre, par où il s'écoulait sous la terre. De temps en temps ils buvaient de grands verres de vin, assis sur ces tas d'ossements, a Si ce n'est pas là un mystère, réfléchit Fitz-Gerald, quel nom lui donner ? Il y a donc à Paris des endroits où l'on assassine les gens et où l'on cache si bien le crime, que le sang est versé dans la terre et que les os sont détachés avec une adresse de chacal ! »

Pendant cinq heures, Fitz-Gerald voulut repaître ses yeux de cet aflfreux spectacle ; quand il le quitta, il était sans doute révolté, mais il n'était pas fâché au fond d'avoir pris sur le fait

un de ces mystères qu'il était venu chercher si loin et au prix de tant de sacrifices.

Il eut huit jours de bonheur, huit jours qu'il employa à réfléchir sur les événements de cette nuit passée au cabaret de la Femme sans tête et à se préparer à l'initiation d'autres mystères non moins émouvants.

Il allait donner de nouveau carrière à ses projets, lorsqu'il reçut une lettre de Londres, et toujours de la même main anonyme.

Sans doute, pensa-t-il, c'est une rétractation de la personne qui a si déloyalement essayé de ternir la réputation de ma femme et de mon honorable ami M. Crock. Lisons :

« Monsieur,

c( Il est regrettable que vous n'ayez pas tenu compte de l'avertissement que je vous donnai il y a un mois; vous n'auriez pas à pleurer maintenant sur un malheur plus grand encore : l'infâme M. Crock, non content d'avoir fait une tache indélébile à votre dignité conjugale, vient, — pleurez, malheureux père I — vient, dis-je, d'entraîner votre fille, votre chère Nel, dans l'abîme de la séduction. Votre fille a disparu. Les uns prétendent qu'elle est passée sur le continent ; d'autres, qu'elle est cachée, ce qui est plus vraisemblable, dans une maison de campagne aux environs de Londres. Je sais la blessure que cette nouvelle ouvrira dans votre cœur déjà si douloureusement affecté; mais vous la cacher n'eût pas

remédié au mal. Hâtez- vous donc de revenir à Londres, non pour sauver l'honneur de votre famille, mais pour empêcher sa honte de devenir publique. Cette fois, du moins, vous ne resterez pas sourd à la voix qui vous parle et qui vous appelle. »

« Pas plus cette fois que l'autre, dit Fitz-Gerald. Je n'ai pas cru il y a un mois, je ne croirai pas maintenant. Ce serait une faiblesse de changer d'avis sur ce point. Chère Sophia, chère petite Nel, excellent monsieur Crock, vous ne vous doutez pas de la trahison dont vous êtes les victimes. Heureusement, et Dieu en soit béni! que tontes ces mauvaises semences de calomnie tombent sur un roc.

Il jeta le second écrit anonyme au feu.

AUTRE MYSTÈRE DE I'hÛTEL DE LA GUILLOTINE.

Persévérant, âpre dans ses infatigables recherches, ivre de son prodigieux succès à la barrière des Trois-Couronnes, M. Fitz-Gerald résolut de passer tout de suite aux plus hautes, aux plus épineuses difficultés de son nouveau genre de tourisme. Une raison non moins puissante, et que nous allons dire plus bas, le décida à prendre cette détermination. Il remit donc à plus tard son entrevue avec le fameux Avale-poignard, sa soi-

rée dansante chez les demoiselles Vampire, et sa promenade dans la forêt de Sénart au carrefour des Charbonniers rouges, pour se consacrer tout entier à la terrible nuit qu'il s'était promis de passer dans l'hôtel de la Guillotine, place de l'Estrapade. C'était là le diamant des mystères. L'hôtel de la Guillotine n'ouvrait sa porte qu'à minuit, si l'on peut appeler porte une gueule de pierre percée dans un mur qui sue le meurtre. L'intérieur répond au visage : des marches tortues, noires, convulsives, édentées, conduisant çà et là à des pièces qui s'abîment dans d'autres pièces tantôt basses, tantôt longues comme des boyaux, partout obscures et pleines de recoins sinistres. Bâtie sur d'anciens terrains de Paris, la maison a trois caves, et la dernière communique avec les catacombes, c'est-à-dire avec une autre ville aussi vaste, aussi peuplée que Paris, mais une ville dont les rues sont faites de tibias, les carrefours de milliers de crânes, les maisons de fémurs et d'omoplates. Quand on colle l'oreille sur le plancher de la dernière cave, on entend craquer tous ces ossements, qui semblent se retourner pour prendre une pose un peu moins fatigante. C'est par ces caves et ces souterrains funèbres que s'échappent les grands coupables traqués par la police. Vient-elle, on les suspend vite à une corde et on les descend. Puis ils marchent à tâtons pendant deux lieues jusqu'à ce qu'ils trouvent une issue dans les terrains à pifttre de Gentilly. Quelques-uns se perdent ou périss^t sous les éboulements produits par le déplacement

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de Tair. Ils meurent étouffés sous une montagne de squelettes. Dans cette maison que la police connaît et laisse debout^ parce qu'au besoin elle y déniche de temps en temps des oiseaux de proie, on se partage les butins et on médite les grands coups de filets, les belles pêches dans quelque bassin plein d'or. Il s'y trouve des femmes, beaucoup de jeunes femmes, quelquesunes fort belles, toutes marquées au cœur par le fer chaud du remords ou de la jalousie. Des passions sans nom les attirent vers cette caverne, où elles s'abandonnent à des joies inouïes avec les Apollons du bagne et les Antinous de la guillotine. Là, le plus doux baiser est une morsure. Les hyènes auraient peur et les lionnes rougiraient de ce qu'on fait dans ces ténèbres. J'ai vu cela, pourrait dire un nouveau marquis de Sade, et j'ai publié Justine, La lumière du jour y est inconnue, hommage rendu à la clarté de Dieu.

D'affreux luminaires courent de main en main et s'accrochent où il est besoin. La hideuse chandelle écrit sur les murs son passage cynique par de monstrueux dessins qu'enfante l'ivresse de l'eau-de-vie. Ce sont les fresques de Sodome.

On loge à la nuit dans l'hôtel dit de la Guillotine, dont le véritable nom est l'hôtel des Trois petits Amours, Vous entrez, et l'on vous dit : « C'est deux sous pour les draps, un sou pour chaque matelas, deux liards pour la paillasse. Monsieur veut-il être seul ? » Celle qui vous adresse ces questions est une femme grasse et réjouie, ayant une chaîne d'or au cou, six bagues

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aux doigts. Elle s'appelle ordinairement M™* Palamède, ou M"" Clovis. Les habitués la saluent sous le nom de la mère Grinchard.

Tels sont les renseignements et telles sont les peintures dont M. Fitz-Gerald s'était enrichi l'esprit avant de descendre dans cet enfer et d'y coucher une nuit, afin de connaître le mystère des mystères, le Jéhovah des mystères.

Il écrivit son testament^ qu'il adressa sous pli à son ambassadeur, mit en ordre les affaires de son âme^ et il partit un beau soir vers minuit pour se rendre à Phôtel de la Guillotine, Il avait le déguisement qu'il portait le jour où il assista à l'affreuse scène de la barrière des Trois-Couronnes, — un costume de maçon.

La demie de minuit sonnait à Saint-Ét!enne-du- Mont lorsqu'il passa sous la porte de l'antre de l'Estrapade, éprouvant, car il était brave, la crainte qu'il convient d'avoir et de vaincre pour prétendre au courage. La mère Grinchard, après lui avoir fait les questions d'usage, lui remit ua flambeau oxydé, et le poussa dans un labyrinthe de cellules pavoisées de sales rideaux. « Cherchez votre vie, lui dit-elle, et dormez bien. Bonsoir! »

Il est temps de dire le motif particulier qui conduisait dans cet hôtel, un peu plus tôt qu'il ne l'avait arrêté dans sa tête, cet effréné amateur de mystères. Depuis deux mois la police cherchait Poulmann, ce criminel d'une si belle eau, et elle savait, sur des indices certains, qu'il se cachait à Paris dans une de ces tanières qu'annonce à

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l'extérieur une Iantern% rouge, enfin dans quelque bouge comme l'hôtel de la Guillotine,

Dans l'espoir qu'il se rencontrerait avec Poulmann sous ce toit redoutable, Fitz-Gerald avait bâté sa résolution.

A une heure il était étendu dans le cercueil de sapjn oîi les voleurs font semblant de dormir. Il entendit sonner deux heures, et puis tout bruit mourir dans la rue Saint-Jacques. Quel prélude aux mystères ! La nuit ! les catacombes béantes sous ses pieds ! et sur sa tête des scélérats en méditation! Mais toutes ces choses se résolvaient en un silence épais et lourd.

Tout à coup et à peine deux heures et demie venaient de sonner, qu'il entendit ces mots : « Nous sommes trahis! voici la rousse! »

La rousse est le nom que les voleurs donnent à la police.

Ce cri prit des notes sinistres et indescriptibles dans ses mille échos au milieu de la nuit.

Les mansardes hurlaient : « Voici la rousse î » Le cinquième étage et les étages inférieurs murmuraient : « Attention! la rousse monte; et de la première des trois caves jusqu'aux entrailles des catacombes, courait, comme les borborygmes d'un homme empoisonné, ce cri : « La rousse! »

Fitz-Gerald se pâmait de joie et de terreur.

Quel mystère!

Puis tout cessa ; la porte se referma avec bruit. Le coupable devait être an^té. C'est ce que pensait Fitz-Gerald, quand il vit se détacher du fond de sa chambre une ombre armée d'un poignard.

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Cette ombre devint un hofnme, et le poignard resta un poignard menaçant^ toujours plus près de son cœur.

Fitz-Gerald se dit : « On a crié à la trahison ; c*est moi qu'on croit sans doute être le traître : on vient m'assassiner. Que faire ? Rien ; mourir. Je mourrai du moins avec mystère. »

Quand le poignard ne fut plus qu'à quelques lignes de sa poitrine, une voix lui dit : « Tu es Poulmann ; si tu bouges, tu es mort ! — On me prend pour Poulmann ! »

Aussitôt vingt hommes de la police entrèrent et lièrent Fitz-Gerald, obligé de souffrir en silence les suites de cette erreur épouvantable.

Conduit enchaîné à la Conciergerie, il fit passer son nom au préfet de police. En attendant le résultat de cette communication, il fut jeté aa milieu d'une légion de bandits, écrémés pendant la nuit sur la surface de Paris.

Le lendemain, à midi, un des chefs de la police le fit venir et lui demanda avec étonnement comment un étranger de son rang se trouvait dans un pareil endroit la nuit. « Je brûlais de connaître, répondit-il, les mystères dont votre capitale abonde, j'avais lu... — Assez, monsieur, lui dit le chef de la police; vous n'êtes pas le premier fou, pardonnez-moi l'expression, et vous ne serez pas le dernier, qu'une crédulité puérile dans certaine fantasmagorie ridicule aura séduit et abusé. — Comment, crédulité puérile! fantasnaagorie ridicule! s'écria M. Fitz-Gerald, rien n'est plus réel. En voulez-vous la preuve? n

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Alors Fitz-Gerald raconta tout au long les mystères de la Barrière des Trois-Couronnes, n'omettant ni les bras nus, ni les ossements, ni les cuves de sang humain.

En l'écoutant, le chef de la police souriait. « Vous avez beau sourire... — Écoutez-moi, monsieur, et désabusez- vous, dit le chef à M. Fîtz' Gerald. Près de ce cabaret (vous n'y avez sans doute pas fait attention) s'élève une raffinerie de sucre. La raffinerie et le cabaret se lient par des travaux couverts, afin que les ouvriers ne perdent pas leur temps à courir chez d'autres débitants de boissons. — Mais les os? mais le sang? mais... — Le sang et les os servent, tout le monde le sait, à clarifier le sucre : le sang que vous avez vu provient des bœufs tués à l'abattoir du faubourg Poissonnière ; les os sont ramassés dans les rues de Pans par des gens qui vivent de cette industrie. »

Fitz-Gerald confondu, atterré, anéanti, baissa la tête. Le mystère du cocher du pont d'Iéna, sottise; le mystère du cabaret de la barrière des Trois-Couronnes, autre sottise; l'hôtel de la Guillotine, sottise encore, car le chef de la police ne tarda pas à lui apprendre que cette maison, quoique mal famée, n'était pas ce monument de crimes et d'abominations qu'il s'était imaginé.

Comme cet ancien disait en mourant : « Vertu, tu n'es qu'un nom! » il s'écria en prenant congé de la police : « Mystère, tu n'es qu'un nom ! »

En rentrant chez lui, honteux, fatigué, harassé, déçu, il tomba sur un journal anglais et il lut :

39^ TOTAGE DE M. PITZ-GBRALD.

« La police de Londres a fait, la nuit dernière, une descente à la maison de MM. Crock et Fitz* Gerald, négociants associés. Ils sont accusés d'avoir mis eux-mêmes le feu à leur filature de coton, après l'avoir fait assurer dix fois sa valeur; crime puni par nos lois de la déportation à Botany-Bay. Ce qui ne permet pas le doute sur leur culpabilité, c'est le départ depuis longtemps prémédité de M. Fitz-Gerald et la fuite de M. Crock, lequel avait d'abord corrompu la femme et enlevé la jeune fille de son associé. »

tt Abominable! mille fois abominable Crock!

s'écria M. Fitz-Gerald. »

Puis, revenant tout à coup à la philosophie de son caractère, il dit :

« Oui, ah ! oui, il y a des mystères, mais c'est chez nous qu'ils se passent et non chez les autres ; et, de tous les criminels, le plus grand, le plus affreux, le plus épouvantable, n'est pas celui qui vole sur la lisière d'un bols, qui égorge au milieu d'une forêt, ou qui fait son coup dans quelque misérable auberge : c'est celui qui, doux, mielleux, tranquille, vous trompe, vous déshonore les yeux baissés, qui vous vole en gants blancs votre femme et séduit votre fille en lui apprenant à psalmodier des cantiques. Tartufe est encore le plus profond et le plus mystérieux scélérat de la terre. Molière n'est pas encore dépassé. »

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