‹ NouvellesChapitre 6 sur 38 · LA VILLA MARAVIOLIOSA. II · texte numérisé non relu

LA VILLA MARAVIOLIOSA. II

— Comment ! si c'est ici ; où voud riez-vous que ce fût?

— Me montreriez-vous ce souvenir d'un grand homme? »

Ici le signor Policastro balbutiait et se rejetait sur les Français^ spoliateurs universels de l'Italie. Evidemment les Français avaient emporté le dessin et le mur dans un fourgon. Outre son amour pour les arts, mon aubergiste avait un prodigieux talent de cuisinier. La cuisine italienne! mon ami? rien ne l'égalait à mes yeux. Je souriais de mépris au souvenir de la cuisine parisienne, sans poésie et sans fromage! cuisine de la décadence propre à produire des peintres de genre et une foule d'autres maladies; mais la cuisine historique est là. Du fromage partout, du fromage dans les légumes! du fromage dans la viande; du fromage dans les fruits, du fromage cuit dans du fromage.

a Rien ne manque à notre gloire nationale!

s'écria un jour il signor Policastro en posant devant moi six mets au fromage*

— Rien, ajoutai-je, signor Policastro, si ce n'est de mettre du fromage dans le café, u

Je laisse un instant il signor Policastro pour passer à son noble voisin, le comte' Énée de Frontifero, et à sa gracieuse fille, Vencre di Frontifero.

Mes visites à la villa maravigliosa se multiplièrent. ]e fus de la maison au bout de deux mois.

Ma passion pour M"° Vénus marcha du même pas que mon enthousiasme pour la galerie de son

Zl8 LA VILLA MARAVIOLIOSA.

père, la cuisine de leur voisin, mon aubergiste Policaslro, et que mon ravissement pour Pair bleu et les rayons jaunes. La vérité m*obIige à dire que le comte m'interdit peu à peu, sous divers prétextes, l'entrée de sa galerie.

Tu t'imagines peut-être que j'aimais sa fille à la française, naturellement et avec discrétion, ramassant son gant pour toucher sa main. C'était un amour lyrique et par stances ; je lui disais une canzona de Pétrarque, elle me répondait par un sonnet. Il est bien entendu que je ne lui déclarai pas ma flamme dans un salon, sur un prosaïque fauteuil, entre le chambranle d'une cheminée et un cordon de sonnette. Nous nous parlions d'amour italien, chaud, ardent, mêlé de fleurs et de poison, dans les jardins de la villa maravigliosay tout pleins de ruines, de cyprès, de tombeaux. Le jour fortuné où je lui exprimai un aveu qui la rendit rouge comme un laurier rose, elle était entourée de pierres funéraires. Sous ses pieds on lisait :

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