DE TERREUR PANIQUE EST ATTEINT
Et chacun dit, a votre mine,
Que dans ROSBACH on vous apeint (1).
Je releve, Messieurs, dans ses diverses lettres a Frederic, des paroles telles que eelles-ci :
Vous etes fait pour etre MON roi. G est done a MON roi que j ecris :
Votre esprit, volre ardeur guerriere Des Francais se feront cherir ; Vous aurez le double piaisir Et de nous VAINCRE et de nous PLAIRE...
Je fais serment, sire, devant votre portrait, que mon coaur sera votre sujet tant que j aurai un reste de vie 2.
Que diriez-vous, Messieurs, d un Frangais qui ferait dessiner un tableau representant Sedan ou Reischoffen, et qui preseaterait ce dessin, pour leur faire sa cour, a Tempereur Guillaume ou a M. de Bismarck? Aiasi faisait Voltaire au roi de Prusse, pour cette desastreuse journee de Rosbach :
(1) 27 avril 1775.
(2) 21 juin 1775. Et passim.
Sire, tandis que Votre Majeste fait probablement manoeuvrer trente ou quarante mille guerriers, je crois ne pouvoir mieux prendre mon temps, pour LUI PRESENTER la batailiede Rosbach, dessinee (1), etc.
Aussi, Frederic disait-il de Voltaire, qu il n avait ni religion, ni patrie, et que loin d etre partisan de sa nation, il blamait en tout son pays. En effet, ce roi lui ayant ecrit au sujet des Parisien? : Ce sont des frelons qui bourdon nent toujours ; leurs orocards sont comme des injures de penoquets, et leurs jugements aussi graves que les decisions d un sapqjou sur des matieres metaphysiques (2). Voltaire applaudit a ce langage et repond : II me fallait le roi de Prusse pour maitre^ et le peuple anglais pour concitoyen. Nos Francais, en general, ne sont que de grands enfants (3).
Paris est une grande basse-cour composee de cogs d Inde qui font la roue, et de perroquets qui repetent des paroles sans les entendre. On leur envois de Versailles leur pdture; Us font bien du bruit et Versailles les laisse crier (4).
Un jour, il glorifiait 1 idee de mourir Prussien ; >^ un autre jour il prefere se faire Russe. II ecrit a Cathe rine : Madame, il est vrai que je ne suis qu a un mille de la frontiere des Welches ; mais je ne veux pas mourir parmi eux. Daignez observer, Madame, que je ne suis point Welche ; je suis Suisse, et si j etais plus jeune, JE ME FERAIS RUSSE (5).
(1) 21 juin 1715.
(2) 25 juillet 1742,
(3) 29 aout 1842.
(4) A M, de Chabanon, 12 avril 1776,
(5) 18 octobre 1771.
II vaplus loin, et eerivant de nouveau a Catherine, il signe : Votre vieux Russe de Fcrney !
Mais tout ceci n est rien encore. Apres nous avoir battus, Frederic nous raillait, dans notre langue meme, et en detestable* vers. Que fait Voltaire ? Vol taire admire ces belles choses, et rencherit encore sur ces moqueries a notre adresse. On a souvent cite ces ignobles vers, Messieurs; mais ilestnecessaire queje vous en fasse relire quelques-uns :
Hero? du Nord, je savais bien Que vous aviez vu les derrieres Des guerriers du roi tres-chretien, A qui vous tailliez des crowp&res; Mais que vos rimes familieres Immortalisent les beaux **^ De cenx que vous avez vaincus, Ce sont des favours singulieros, etc.
Eh bien, Messieurs, que vous en sernble? Est-ce assez outrager la France etTarmee ?
Supposons que, pendant la derniere gnerre, un de nos poetes (j affirme que pas un, fut-ii a la mendicite, n en serait capable), eut ete en un commerce de ce genre avec le prince Frederic-Charles, que nous avons trop bien connu a Orleans, ou avec M. de Bis marck, et qu il eut chante leurs victoires et nous eut railles en de tels termes... Messieurs, demanderiezvous pour ce poete des couronnes, vous membres du Conseii municipal de Paris? Feriez-vous cet outrage insigne a la France et a notre armee, au patriotisme et a 1 honneur ? J affirme qu a Paris, comme a Or leans, comme partout en France, toutes les maisons
eussent ferine leurs portes a un tel poete, et il y a longtemps, j en suis sur, que dti plat de son epee ou plus ignominieusement encore, le dernier de nos soldats lui eiit donne un autre salaire. Et vous, Mes sieurs, de Voltaire, de ce cynique insulteur de la France, vous voulez faire Tidole du peuple 1 Au nom de la ville de Paris, vous lui votez des honneurs offi cials I Mais comment entendez-vous done le patriotisme? Comment entendez-vous 1 honneur?... La naine que portent certains hommes a la religion de leur pays peut-elle done aveugler ace point! Et le fanatisme de la passion peut-il aller jusqu a organiser publiqaement une fete qui sera avant tout une injure a la patrie ?
Rosbach datait du 5 novembre 1757, et le 24 du meme mois, Voltaire ecrivait h une duchesse, la duchesse de Saxe-Gotha : / admire Thomme dont Votre Altesse Serenissime me parle (Frederic) ; et il est enchante" que la duchesse ait bien parle de lui a cet homme : a Je la remercie de tout ce qu elle aura daigne lui dire de moi (1).
Quant au deuil de ia France, savez-vous ce qui le console ? il va nous le dire lui-meme : CE QUI MB CONSOLE, c est que nous avons pris un vaisseau anglais charge de tapis de Turquie, et QUE J EN AURAI A BON COMPTE; CELA TIENT LES PIEDS CHAUDS (2).
Je vous disais tout a 1 heure, que Voltaire, a la nouvelle de nos revers, songe a ses interets et a ses aises, plus qu au deuil de la patrie : vous le voyez,
(1) 24 novembre 1757, recueil de 1860.
(2) A TMriot, 20 novembre 1757.
Un peu plus tard, il ecrit : Que la guerre con tinue, que la paix se fasse : Vivamus et bibamus.
Et non-seulement Voltaire admire Frederic, il va jusqu a I ecoeurer lui-meme, par la bassesse de ses louanges, au point que le grand railleur prussien se moque de son panegyriste, et renvoie une partie de ces louanges a sa sacree Majeste le hasard (1). Mais ils sont en telle tendresse Tun pour 1 autre, que la soeur du prince prussien, la margrave Wilhelmine, Slant venue a mourir, Frederic demande a Voltaire des vers pour elle : N en perdez pas jaraais la memoire et rassemblez toutes vos forces pour elever un monument en son honneur (2). Sur-le- champ Vol taire compose une ode, pour immortaliser la sosur de Frederic. Ode miserable de poesie, me direz-vous. Oui, mais plus detestable quant au sentiment franc^ais. Et vraiment on est tente de se demander : mais cet homme est-il Francois ou Prussien ?
Ailleurs encore,, il rappelle a Frederic qull a autrefois chanson ne
Ce peuple sot et volage Aussi vaillant dans le pillage, Que lache dans les combats (3).
C etait nous, Messieurs.
Ailleurs enfin, il ecrit ce mot,qui doit aller droit au coeur de notre armee :
(1) Voir les lettres de Frederic a Voltaire, des 16 Janvier, 28 septembre et novembre 1758, 12 mars 1759.
(2) 6 novembre 1758.
(3) Lettre a Frederic, 7 decembre 1774.
(( L UNIFOBME PRUSSIEN NE DOIT SERVIR QU*A FA IRE METTRE A GENOUX LES WELCHES. ))
Je vous ai dit, Messieurs, quelque chose de la faqon dont Voltaire traitait les Parisiens ; ajoutez ceci :
Les Parisiens passent leur temps a clever des statues et a les briser. Us se divertissent a siffler et a battre^des mains: AVEC BIENMOINS D ESPRIT OUELES ATHENIENS, ILS EN ONT TOUS LES DEFAUTS, et sont encore plus excessifs.
Je mourrai bientdt, et ce sera en DETESTANT le pays des singes et des tigres ou la folie de ma mere me fit naitre il y a bientot soixante et treize ans. Je vous demande en grace d ecrire de votre encreau roi de Prusse...
pour QU IL SACHE A QUEL POINT ON DOIT NOUS MEPRISER (1).
Et encore :
cc C est tme chose bien extraordinaire que la nation Welche! Peut-on reunir tant de vices et taut de vertus, tant d esprit et taut de be Use? ET CEPENDANT
CELA JOUE ENCORE I T N ROLE DANS L ElJROPE (2) ! ))
Le fonds des Welches sera toujours sot et grossier (3).
Etes-vous contents, Messieurs? En avez-vousassez? Je puis vous en offrir d autres encore, et tant qu il] vousplaira; car la verve de cet homme est intaris-! sable, quand il s agit de jeter Tinsulte a ses concitoyens et Finjure a son pays. Et savez-vous a quel
(1) A Dalembert, 7 aout 1766.
(2) Lettre a d Argental, 2 septembre 1767. Voir aussi son Disours auac Welches.
(3) A Frederic, 15 fevrier 1775.
propos Voltaire nous ralllait de cette derni^re fagon? A propos d une tentative generalise de quelquesFrangais pour empecher un des plus grands crimes des temps modernes, le demembrement de la Pologne. Frederic de Prusse et Catherine de Russie, ses deux idoles, s e"taient ligues pour aneantir la Pologne, Tandis que le Sultan, menace aussi; car des lors, la Russie convoitait Constantinople, tentait une courageuse mats impuissante diversion, quelques Franqais, trop peu, helas ! etaient alles se battre pour les confederes Polonais, Voltaire ne trouve rien de mieux que de cribler d odieux sarcasmes ces nobles Francois. 11 les appelle des chevaliers errants, des Dons-Quichottes! Je ne puis vous citer les quatrevingt lettresqui nous restentde lui a I lmperatrice de Russie. Relisez, Messieurs, en particulier, ses lettres des6juilletetl8octobrel771;l er janvier,6 et 12 mars, 29 mai et 31 juillet 1772. Le rouge vous montera au visage 1
v J ai le cceur navre, lui dit-il, de voir qu il y a de mes compatriotes parmi ces fous de Confederes. Je ne sais rien de si grossier que de porter les armes contre vous.
Et comme il avait appris que les Tartares s etaient declares pour rimperatrice :
Ce sont les Tartares, ajoutait-il, quisont polis, et les Francais sont devenus des Scythes.
Daignez observer, Madame, que je ne suis POINT WELCHE ; je suis SUISSE, et, sij etaisplus jeune, je MB
FERAIS RUSSE (1). )) (1) 18 octobre 1771.
II y a des prisonniers franqais en Russie, et Cathe rine soDge a les envoyer en Siberie.
Voltaire ecrit :
Nos chevaliers Welches, qui ont efe porter leur inquietude et leur curiosite chez les Sarmates, DOIYENT
MOURIR DE FA1M, s lLS NE MEURENT PAS DU CHARBON...
Voila une plaisante croisade qu ils ont ete faire I Gel a ne servira pas a faire valoir la prudence et la galanterie de ma chere nation!
Permettez qu en recouvrant ma faible sante, je mette a vos pieds mes respects et mes chagrins. Ces chagrins sont que des gens de ma nation s avisent d aller combattre chez les Sarmates... ce qui me parait le comble de Tabsurdite, du ridicule et de Tinjustice (1).
Tel est son langage, et voila Thomme, Messieurs, dont vous voalez faire Tapotheose dans la capitale de la France 1
La Pologne succombe : abandormee de tous, elle devait, helas ! succomber. Frederic frappe une medaille avec cette legend e : Regno redintegrate : II se donnait pour le restaurateur et le pacificateur de la Pologne; on connait ces ironies-la 1 11 fait plus en core, il compose un ignoble poe me, intitule la Pologniade, dans lequel ilbafoue odieusement les vaincus, et nous appelle, nous France s, les excrements des na tions.
Naturellement, Voltaire revolt la medaille et le poeme, et il en est penetre de joie. Le poete royal dit
(1) Lettres du 2 mars et du 22 mai 1772.
pour son excuse, dans la lettre d envoi de la Pologniadt> a Voltaire, qu il salt respecter ce qui est res pectable, mais qu ii se croit permis de badiner ces excrements des nations, ces Francais^ re"formes par la paix, et qui, faute de mieux, allaient faire le metier de brigands en Pologne, dans Tassoeiation, federate.
Je pose devant vous, Messieurs, cette question : Y en a-t-il un seul d entre vous qui n eutregarde comme une injure atroce a son patriotisme de pareils pre sents, venairt d un tel Roi ? Ou plut6t, y aurait-ii un seui Francuis a qui M. de Bismarck ou le Czar, aujourd hui, auraient jamais 1 idee de faire une pareille insulte? Voltaire, Messieurs, regoit avec bonheur ce royal present; il y repond, comme toujours; et ce sont ses reponses que je soumets a votre patrio tisme :
La legende de la medaille, Regno redintegrate, cette amere ironie de despote conquerant, Voltaire la trouve noble et simple ; et la chose tout entiere, du plus bel effet. Et il chante :
La paix abien raison de dire aux Palatins (1) : Oavrez-lesyeux, le diable vous attrappe ; Car vous avez a vos puissants voisins, Sans y penser longtemps servi la nappe ; Vous voudrez done bien trouver bel et beau Que ces voisins partagent le gateau (2).
Le gdteau, c est la Pologne. II continue : C est assure ment le vrai gdteau des rois, et la feve a ete coupe e
(1) Aux Polonais,
(2) Lettres k Frederic, 16 octobre 1772.
en trots parts. J abrege : nous y reviendrons; mais lisez encore et meditez ceci, Messieurs : .
Vous voila, Sire, fondateur d une grande puis sance ; vous tenez un des bras de la balance de 1 Europe, et la Russie devient un nouveau monde. Comme out est change, et que je me sais bon gre d avoir assez v ecu pour voir ces grands evenements!... Je ne sais pas quand vous vous arreterez; mais je sais que Vaigle de Prusse va bien loin. Je supplie cet aigle de daigner jeter sur moi, chetif, du haut des airs ou il plane, un de ces coups d oeil qui raniment le genie eteint... Je suis A vos PIEDS, comme il y a trente ans, mais bien affaibli. Je regarderai le Regno redintegmto quand je voudrai reprendre des forces.
Votre vieux idolatre (1).
Tel fut son remerciment pour la medaille.
Et pour le poeme ou les Francis etaient appeles les excrements des nations, voici ce qu il ecrivit encore; je dois rappeler, pour Tintelligence du texte, que le poeme etait accompagne d un autre cadeau, une caisse de porcelaine :
Sire, bier il arriva a mon ermitage une caisse royale, et ce matin j ai pris mon cafe at la creme dans une tasse telle qu on n*en fait point chez votre con frere 1 empereur de Chine.., Enfin c est done dans le nord que tous les arts fleurissent aujourd hui ! c est la qu*on fait les plus belles ecuelles de porcelaine, qu on partage des provinces d un trait de plume, n dissipe des confederations et des Senats en
(i)16octobre 1772.
deux jours. Et il ajoute, raillant Ja France comme la Pologne : u Sire, nous autres Welches, nous avons aussi notre merite : des operas comiques qui font oublier Moliere ; des marionnettes qui font tomber Racine... II continue : Vous pourriez encore vous accommoder, chemin faisant, de quelques provinces pour vous arrondir. Car enfin, il faut bien s amuser, on ne peut pas toujours lire, philosopher, faire des vers et de la musique.
Je me mets aux pieds de Votre Majeste", avectout le respect et V admiration qu eile inspire (1).
Et a Catherine, qui lui envoyait aussi des presents, de belles fourrures, et une boite d or tournee de ses belles et augustes mains :
Je mourrai certainement de douleur de ne pas vous voir sur le trone de Constantinople (2).
Mais qui sait si, apres avoir execute CE GRAND PROJET (le demembrement de la Pologne), mon he roine n aehevera pas l autre,et si un jour, elle n aura pas TROIS CAPITALES, Petersbourg, Moscou, et BY-
ZANGE (3).
Et quand, de concert avec ses allies, elle aura pris Constantinople, vous vous arrangerez ENSEMBLE, lui dit Voltaire, comme vous vous etes arranges en Po logne (4). Et il insiste.
Ensemble! Et la France, Messieurs? cet homme s en preoccupe-t-il un seul instant? et je vous le de-
(l) 13 novembre 1772.
(->) 22 decembre 1770.
(3) 29 mai 1772.
(4) 12 aout 1773.
niande, se peut-il un oubli plus complet des intents franqais ?
Et que dites-vous de cet enthousiasme :
Madame, Votre Majesty Imperiale me rend la vie en tuant les Turcs. La lettre dont elle m bonore me fait sauter hors de mon lit en criant : Allah ! Catharina ! Dieu et vos troupes victorieuses m avaient done exauc6 quand je chantais : Te Catharinam laudamus, te dominant confitemur (1)...
Et, naturellement, il raille encore la France pour * flatter la souveraine russe. Lisez, Messieurs, cette lettre du 7 aout 1771, ou il ose ecrire :
Je veux aussi, Madame, vous vanter les exploits de ma patrie. Nous avons depuis quelque temps une danseuse excellente al Opera, etc.
Lisez encore la non moms honteuse lettre du 30 avril 1771, ou il nous raille de nouveau : et termine par ces paroles : Et tout cela compose le pre mier peuple de 1 umvers, la premiere cour de 1 univers, les premiers singes de Tunivers.
Vous trouverez peut-etre, Messieurs, quec estassez, et qu il n est pas besoin d en citer davantage ; je le pense aussi ; laissons done enfin les basses adulations aux deux autocrates, et les insultes a la Pologne et a nos malheureux compatriotes prisonniers en Russie. Mais je ne puis tout a fait me taire sur ces deux belles vues politiques que Voltaire caresse si complaisemment : le roi de Prusse, fondateur d une grande puis sance, Vaigle de Prusse volant au lorn ; et Constanti-
(i) 29 mai 1772 : 12 aout 1773. Voyez encore : 30 octobre 1769; 5, 14, et 12 septembre 1770, etc., etc.
nople capitate de la Russie. Voila les grands evcnements dont Voltaire se felicite d avoir vu 1 aurore. Heias I Messieurs, nous en voyons, nous, aujourd hui 1 accomplissement : la Russie touclie Constantinople; et 1 aigle de Prusse a vole bien loin, jusqu a Strasbourg, jusqu a Metz, et jusqu a Paris : la Prusse est devenue une grande puissance : votre heros doit etre heureux, et c est bien le cas de lui redire avec Musset :
Dors-til content, Voltaire ?
Mais vous, Messieurs, si vous etes contents aussi, si vous vous felicitez, comme Voltaire, d avoir assez vecu pour voir ces grands cvenements, oil ! alors, oui, celebrez le centenaire, convoquez-y la France et 1 Europe, et surtout la Prusse et la Russie ; le moment sera bien choisi : on vous applaudira, soyez-en surs, a Saint-Petersbourg et a Berlin. On y admirera les fiertes et les delicatesses de votre sentiment national, et Ton y comprendra sans peine que, quand le patriotisme d un grand pays se livre a de pareils abaissements, Tetranger peut se dispenser d ajouter a ses bumiliations et a ses revers.
Mais si nous ne sommes ni Prussiens, ni Cosaques, comme Voltaire ; si le deuil de la patrie touche nos ames ; si nous n avons pas ete marques du signe de ces peuples qui sont irremediablement condamnes a 1 opprobre; si vous sentez encore ce que j ai appele la sainte pudeur du patriotisme, cette pudeur vous dira tout ici.
Veuillez agreer, etc.