MESSIEURS
Un autre outrage de Voltaire a la France et au peuple, Messieurs, c est 1 abominable poeme auquel on a donne le nom de la Pvcelle.
Si honteux que soit ce livre, vous ne pouvez 1 ecarter ; car c est rhomme, et aussi son auvre, avez-vous dit, que vous voulez honorer; mais dans cette oeuvre et dans cette vie, le libertinage a tenu une telle place que M. V. Hugo en a ecrit :
Qu on se figure Voltaire jete sur cette societe en dissolution, comme un serpent dans un marais... II fallait TOUT SON VENIN pour mettre CETTE FANGE EN
EBULLITION (1).
Mais tout d abord, Messieurs, entendons-nous. Si les mceurs ne soot rien pour vous, je n ai qu a me
(I) Notice sur Voltaire, par Victor Hugo (Literatures et philoso phic melees, t, I", chez Hacbette. 1834).
taire ici. Mais si vous estimez encore la morale pour quelque chose, si vous pensez que tout menace de perir chez un peuple avec les mceurs, et qu une nation corrompue est une proie toute prete pour la barbarie et le despotisme, alors, Messieurs, moms que jamais je comprends ici votre role; car enfin, Fhomme qui a le plus outrage" et bafoue les moeurs, Fecrivain le plus licencieux et le plus corrupteur, c est Voltaire. On Fa dit, et c est vrai : d autres cyniques etonnerent la vertu, Voltaire etonne le vice.
II en coute,assurement, de remuer,meme a la sur face, cet amas d ignominies ; mais vous m y contraignez et j en demande pardon a mes lecteurs.
Un mot d abord des hontes de sa vie. Elles appartiennent a Thistoire : ses amis eux-memes nous les ont racontees, et on en a compose des volumes (1).
Passons sur sa licencieuse jeunesse, avec les roues du Temple et les corrompus de la Regence. Passons sur tant d aventures scandaleuses, sur tant d adulteres, que je laisse a d autres le soin d enumerer : mais n a-t-il pas, de quaraate a cinquante-cinq ans, pendant quinze annees, afHch^, avec la trop fameuse marquise du Chatelet, Fadultere public devant son siecle ?
II a ee"lebre* sur tous les tons la vertueuse Emilie :
Minerve de la France,immortelle Emilie.
On coanait aujourd bui cette vertu. L/lristoire n a
(1) Je ne puis comprendre cependant comment les 4di teurs Voltaire ont pu conserver telle lettre de lui a Thiriot, par exemple, qui revele des inoeurs immondes, et le dernier degre de la plus ignoble vie.
SUR LE CENTEXAIRE DE TOLTAIRE 39
plus de secrets sur catte Minerve. Gette tnalheureuse femme s etait fait de I impudicite une theorie, et la pratique, chez elle, depassait tout. Les honteux mysteres de Cirey ont ete reveles (1) ; la trkte immortelle en mourut. Voltaire s etait egaye, en termes odieux, aux depens de M. du Chatelet, son mari. Quand elle mourut, il joignit, comme toujours, aux turpitudes la plaisanterie et les dernieres bassesses : lorsqu on lui montra, dans la bague de cette triste morte, le por trait de Saint Lambert a la place du sien, voici, Mes sieurs, la parole cynique que je recueille sur les levres de ce libertin sans coeur : J en avais chas?e ct Richelieu; Saint-Lambert m en a expulse : c est dans Ford re.
Tels etaient ces adulteres, ces amants philosoplies, comme dit tranquillement un des plus violents et aveuglesadmirateurs de Voltaire, qui s est fait le paaegyriste des libertinages de Girey.
Elle cut, pretend Voltaire, toutes les vertus de 1 honnete homme.
Oui, mais la pudeur, dit M. de Pompery, et il en donne les details et les preuves, parait lui avoir ete inconnue. Ainsi done, selon Voltaire, une femme peut etre honnete sans pudeur ; et Padultere, meme a plusieurs, meme quand une femme est epouse et mere, n y fait rien.
Voila done les theories morales ouplutot abominablement corruptrices de Voltaire : Messieurs, je \ r ous estime assez pour croire que ces theories YOIIS re ft) Certes sans trop de severite, mais avec verite. (Voltaire a Ctrey, par M. Gustave Desuoiresterres.)
40 NOUYELLES LETTRES
volteDt comme moi, et si & vos yeux, le litre d ennemi de la Religion ne couvrait pas tout, loin de trainer le peup 1 ^ atix pieds de cette idole, votis repousseriez comme moi la pensee de lui faire un Centenaire.
Si de Cirey nous passons a Postdam, nous descendons d un degre encore dans Tinfamie. Je suis condamne, Messieurs, a me servir de mots re"pugnants, et meme bientot de mots affreux comme les choses dont je vous dois le recit. Voltaire, dit M. de Lamartine, excusa les moeurs infames de Frederic. higez-en vou&-memes, Messieurs. Dix fois dans ses Memoires, Voltaire se complait a raconter et a decrire les infamies de cet homme qu on a bien ose appeler Grand I
On sait comment il raconte une journe e de ce roi :
a Quand Sa Majeste" tait habillee et bottee, le stoique donnait quelques moments a la secte d Epicure : il faisait venir deux ou trois favoris, soit lieu tenants de son regiment, soit pages, soit eduques ou jennes cadets; on prenait du cafe...
Je n achevepas... comment achever?
Le soir, on soupait, continue-t-il, dans une petite salle dont le priocipal ornement 6tait, dit toujours Voltaire, un tableau dontilde"critminutieusernenttous les lubriques details avec complaisance. La conversa tion etait a Tavenant. On eut cru entendre les sept sages de la Grece dans un mauvais IIPU (1). Jamais de femmes, note Voltaire, dans ce palais de postdamie ; ni de pretres ; car naturellement toutes ces impudicites ^talent assaisonnees d impietes.
(1) Memoir es.
Passons vite avec dugout ; inais ayons le courage cTentrer quelques instants a Ferney, dernier sejour du licencieux vieillard.
C est de la. que, trouvant trop austeres les moeurs de Geneve, il 6crivait au comte d Argental : Je veux creer les plaisirs ; je veux corrompre toute la jeunesse de la pedante ville. B
Et encore :
II y a ici un ministre du saint Evangile qui m a demand^ des anecdotes sur cette fille celebre (Ninon de Lenclos) : je lui en ai envoye d un peu ORDURIERES,