POUR APPRIVOISER LES HUGUENOTS
II e"crivait aussi a une certaine dame, digne niece, ainsi que M me Denys, d un tel oncle :
wCette idee de faire peindre de BELLES NUDITES, POUR RAGAiLLARDiR MA viEiLLESSE, est d une ame compatissante, et je suis reconnaissant de cette belle invention. On peut faire copier au Palais-Royal ce qu on trouvera de PLUS IMMODESTE (2).
II avait alors soixante-six ans, et tapissait de ces ta bleaux les salons de Ferney.
Vous sentez, Messieurs, qu en tout ceci, je me hate tristement et ne fais que glaner dans un champ im mense.
Et que pourrais-je dire de tant de lettres, meme a Catherine, ou, jusqu a la fin, cet octogenaire, qui va mourir, qui a unpied dans le cercueil, et qui, de Vautre, comme il dit lui-meme avec cynisme, fait des gam-
(1) 29 ir ri 1751.
(2) A M" de Fontaine, juin 1757. On peut 7 ir aussi une lettre b. la mSme, 8 Janvier 175G.
42 NQUVELLES LETTRES
lades, bafoue les moeurs, se delecte d obscenes plaisanteries, et descend lentement an tombeau, avec un rire de satyre sur les levres !
Si c est du tresor de son ccaur, comme dit 1 Evangile, que 1 homme tire le bien et le mal, comment s etonner de tout ce qui est sorti d iramoralites de ce coeur corrompu, de tout ce qu il a seme de gravelures et d infamies dans cette multitude de libelles qu enfantait infatigablement une verve impure et intarissable, et qui justifient trop la fletris.-ure que lui a infligee Marat lui-meme : Ecrivain scandaleux, qui pervertit la jeunesse.
C est iei qu il faut relire, Messieurs, les beaux vers de M. Victor Hugo :
Plein de ces chants honteux, dugout de Iam6moire, Unvieuxlivre est Ik-haut, sur une viei ! le ar.no re, Parquelque vil passant, dins cette ombre oublie ; Roman du dernier siecle, CEUVRE D IGNOMTXIE... Voltaire est d;ins un coin de ta chambre b6nie.
Avec son ceil de flamme, il t espionne et rit
Oh ! tremble, ce sophiste a sond6 bien des fanges E Oh ! Iramble, ce faux sage a perJu bien des anges I...
Ainsi M. Victor Hugo caracterisait les ecrits de Vol taire, alors qu il avail souci des moeurs du peuple. Et le meme M. Victor Hugo, aujourd hui, 6 entrainements de la passion politique 1 ecrit a la jeunesse : Voitaire signifie lumiere et liberte! La lumiere, la liberte, et les moeurs voltairiennes ! grand poete, oil etes-vous tombe I Et combien dechu de vous-meme !
Vous n attendez pas, Messieurs, que je fouille dans ses contes, ses romans et ses poesies legeres ; plus que
iegeres, ceuvres tfignominie, comme les a nominees M. Victor Hugo. Mais savez-vous ce que j y vois de plus coupable? c est pr6cisement ce qui en plait a la ^eunesse, et souvent aussi, helas ! a Tage mur, cette indifierence railleuse, cette verve libertine, et ce ba dinage effronte, avec lequel Voltaire rit et fait rire de ce qu il y a de plus honteux ; je ne connais rien de plus corrupteur, ni qui revele mieux la dissolution morale d un homme et d un pays (1).
Mais tout palit devant la Pucelle.
Ce monument d infamie, on voudrait en vain recarter, et le proteger contre nos trop justes indigna tions par son infamie meme. Non, il subsiste, et il dit tout sur ce qu elaient au fond le cceur et Tame de Vol taire. C est la qu il s est verse lui-meme tout entier. Songez, Messieurs, que ce n est pas, comme on 1 a dit, uneoBuvredejeunesse; non, Voltaire avaitsoixante-neuf ans lorsqu il la pablia, augmentee et corrigee, avec des figures obscenes ; ce ne fut pas non plus, comme on a cru pouvoir le dire encore, un simple ecart de genie; songez que Voltaire n aecrit aucunautre de ses livres
(1) Voici, sur uue partie de ses eeuvres licencieuses, qaelques details que j emprunte a un important, ouvrage sur Voltaire, tres-etuaie, d apres les sources :
De lui encore etaient les vers degoutants coutre saint Louis et les Bourbons ; les vers contre Louis XV, qu on meprise et qu on aime, et contre 1 heureuse grisette, elevee par sa mere au lit d un fermier, et par T amour au lit royal ; de lui toujours, les vers contre Frederic et contre Thibouville, accuses d habitudes infames ; contre le fanfaron Villars, son ancien protecteur ; contre son heros Richelieu, transforme eu entremetteur du plus bas etage ; de lui enfm tant de vers sortis des bas-fonds les plus fetides, qu il a mensongerement desavoues, tant de vers iinpies, qu il disait faits par le laquais d un athee. (Voltaire^ par M. Maynard, 2 vol. in-8.)
avec plus de predilection; que c est un poeme de< vingt et un chants, et qu il y a travaille pendant plus de trente annees! C est la qu il celebre et deerit toutes les impudicites, des turpitudes qui font fremir, des crimes qui ne se nomment pas; c est la qu il faut s ecrier : Paris le couronna ; Sodome letit banni.
Tout Voltaire est la : mepris de tout, insulte a tout, insulte a la religion, insulte au patriolisme, insulte a lavertu, insulte a la faiblesse, insulte a la jeune fille, insulte a la femme, insulte au peuple, insuite a la France, insulte a I humanit6 : et cela, a un degre qu on nepeut se figurer et avec des imaginations qui glacent d effroi : et cela s etale dans un long poeme de vingt et un chants, avec des variantes plus odieuses que le poeme lui-meme !
Jeanne d Arc ! la plus noble fille du peuple ! Thero ine sans tache ! la liberatrice de la France, la sainte et la martyre I la plus touchante incarnation de Tame populaire et de Tame franchise ! Voila Celle que Vol taire a choisie pour Foutrager ! Et dans son in female imagination il nesait qu in venter pour porter Toutrage aux derniers exces. Mais comment ? Par quels mots de la langue humaine le dirai-je ? Et quelle pudeur pourra le supporter ! Comment peindre, comment indiquer seulement, sans deshonorer sa plume, ce qui eut e"te, dans cette ame virginale et heroique, le devergondage le plus effre ne , le libertinage le plus abo minable, si ce n etait une calomnie satanique, nee d un delire et d une depravation qui ne connaissent pas de bornes, et qui doit retomber de tout le poids de son infamie, sur le grand coupable, si profonde-
merit corrompu et corrupteur, qui a eu Fe eynisme de rimaginer, et le cynisrne encore plus 6honte de I eerire?...
Mais c estle meme homme, d ailleurs, et en un sens j en benis Dieu, qui a outrage ]a Pologne dechire e et sanglante,qui a bafoue la France vaincne, qui arampe devant un roi de Prusse victorieux et de mceurs infames, devant une Catherine de Russie, meurtriere de son mari ; qui a outrage le peuple comme on n outrage pas, et qui a fait a la religion de son pays la guerre acharnee dont nous ne tarderons pas a parler, Messieurs : c est le meme homme qui a tralne dans la boue la vierge d Orleans, la martyre des Anglais, la liberatrice de la France! Eh Men, so.it, qn ils se prosternent devant lui ceux qui peuTent se reconnaitreen luil Mais vous, Messieurs, avant d offrir 1 argent populaire a cette idole, et de faire chanter et danser le peuple devant elle, coinme Mo ise brisait autrefois les tables de la loi, vous devriez aussi briser toute loi morale, tout patriotisme et toute pudeur !
Vous representez-vous, pendant les longues annees qu a dure la composition de rinfame poeme, Voltaire ricanant devant cette figure angelique, et lui jetant a pleines mains toutes les ignomonies de son ame et de son cceur ?
Et s il eut rioane seul ! Mais non, c etait avec Tetran" ger! livrantaux moqueries du prince prussien la plus pure gloire de la France ! Oh ! il faut que je vous arrete un moment ici, Messieurs; car, en verite, vous avez oublie trop de choses, quand vous avez imagine cette inimaginable apotheose.
Frederic, le 22 fevrier 1743, ecrivait a Voltaire :
Nous avons dit hier, de vous, tout le bien qu on peut dire d un mortel. Ailleurs, vous 1 avez vu, il 1 appelle scelerat ; mais entre eux, qu importe ? La salle du souper 6tait un temple ou Ton vous faisait des sacrifices. II faut absolument quli y ait quelque chose de DIVIN en vous.
Ce quelque chose de DIVIN ,savez- vous ce que c etait, Messieurs : c etait la Pucelle !
En effet, Voltaire, vil courtisan et vil libertin, flattant tout a la fois, avec son poeme, les passions honteuses et les passions antifran^aises du monarque prussien, celui-cijenthousiasme d une ceuvre qui etait tellement dans ses gouts et outrageait la France dans sa plus noble heroine, lui ecrivait dans la meme lettre:
u Envoyez-moi, je vous prie, la Pucelle, j ai la rage deladepecer... Et quelques jours apres encore: c< La Pucelle / la Pucelle I et encore la Pucelle ! pour 1 amour de Dieu, ou plut6t pour Tamour de vous, en voy ez- la moi I
Ne plaidez pas les circonstances attenuantes, Mes sieurs ; non, pour votre honneur, et par respect pour la France, pour le peuple, pour vous-memes, pour vos femmes etpour vos filles, si vous en avez, non,ne les plaidez pas.
Side licencieux paiens, si Tibulie, Martial, ou Ovide avaient essaye de publier un poeme pour deshonorer Clelie, rheroine romaine, ils eussent ete a jamais deshonores eux-memes.
Ah I que Condorcet me parait miserable, Messieurs, quand, pour excuser une infamie devant laquelie il
n y a qu a se voiler le visage, il ose bien dire,lui,philosophe, quele sage a besoin de s egayer a ses heures.
Voltaire, certes, avail pleinement conscience de Tignominie de son cenvre ; et il a si bien senti qu il avait parle la de Fabondance de son coeur, que lui, qui s en deleclait secretement avec la vertueuse Einilie, a Cirey, qui avait voulu en faire alors une edition clandestine avec cette malheureuse femme, qui en avait donne lui-meme, avant que 1 ouvrage ne circulat encore dans le public, six chants, et plus tard une copie complete a Frederic, livrant de la sorte a notre ennemi la plus pure gloire de la France, couverte de toutes les ignominies dentil 1 avait salie, Voltaire, selon samethode ordinaire, a imagine toutes les come dies, toutes les hyprocrisies et tous les mensonges pour en dSnier la paternite".
II ecrit a d Argental ceci : C est le comble de 1 epprobre de voir mon nom a la tete d un tel ouvrage. II y a la de quoi faire fremir le bon gout et Thumanite (1).
Et quel nom fallait-il done y mettre ?
II ecrit aux syndics de la librairie de Paris : Les fragments de CETTE INDIGNE RHAPSODIE (laPucelle),qui court Paris sous mon nom, m ont et6 envoyes ; ils DESHONORERAiENT la librairie, et je vous fais les plus vives instances pour prevenir le debit de ces CEUYRES