‹ Nouvelles lettres de femmesChapitre 10 sur 30 · EST I O N D U L I T · texte numérisé non relu

EST I O N D U L I T

père eue gâché huit cent mille francs à bâtir cet . pour que nous nous entassassions dans une seule pièce

Sur la foi de ce subjonctif, je vivais paisible depuis deux ans et demi, j'avais repris toutes mes bonnes habitudes de jeune fille : de rôder en chemise dans ma chambre jusqu'à une heure avancée de la nuit, arrangeant mes petites affaires, relisant les vieilles lettres, en écrivant parai] lit, je feuilletais le roman qui me convenait jusqu'à l'heure où il me plaisait de dormir: puis, enfin, la lampe éteinte, je prenais sous ma couverture les attitudes les plus diverses, en long, en large, e.i rond, en diagonale, sans avoir de compte à rendre à personne. C'était délicieux. Vrai, les meilleures heures, sur les vingt-quatre, commençaient pour moi quand je poussais le verrou de ma chambre à coucher.

me direz-vous, ma vieille amie, que faisait Maurice cependant? »

Chère, je ne m'en suis jamais préoccupée, et

nviens volontiers que j'eus tort. J'aurais dû

•• sont autrement fabri-

qués que nous; qu'ils prennent un vif plaisir à ce qui nous procure seulement un peu d'énervcment; que l'époux si aisément résig.ié à coucher seul, la nuit, fait peut-être... sa sieste, en plein jour, ailleurs que chez lui. Il n'y a pas de subjonctif qui tienne contre de si claires vérités. Je fus donc étourdie et imprudente... ou plutôt, puisque je me confesse à vous, je fus indifférente à l'excès. Si Maurice me trompait, il me trompait discrètement, sans scandale, sans prodigalités ruineuses. Jamais il ne me laissa diner seule; jamais il ne m'annonça d'extraordinaires conseils d'administration, comme en subissent sans se plaindre la plupart de mes amies. En somme, il fut discret, correct, parfait gentleman.

J'ose dire qu'il me trompa en bon mari.

Ce bonheur conjugal durerait encore si notre tante Destourbès ne s'était pas avisée de mourir subitement en son château de Serbat, près Moncrabeau.

Vous ne connaissez ni Moncrabeau, ni le château de Serbat, ni notre tante Destourbès. C'est que cette tante de mon mari, vieille Gasconne

mement originale, avait cesse depuis quinze ans environ — époque où mourut le t chevalier epoux — de donner signe rie à aucun être humain, sauf à sa bonne, aussi âgée et aussi toquée qu'elle-même. File mourut tout d'un coup en mars dernier, et nous héritâmes du château de Serbat, près Moncrabcau.

Ce nom de Moncrabeau, qui n'a rien, n ce pas?- de particulièrement poétique ni suggestif, suffit à électriser Maurice... Il faut vous dire qu'il a passé au château de Serbat les cinq ou six premières années de sa précieuse existence; qu'il n'y est point revenu depuis, et qu'il ne peut évoquer sans attendrissement les lieux où il a polissonne avec les petits Gascons de son [| fut donc convenu que, l'été suivant, nous irions habiter un mois le manoir où la tante turbès venait d'exhaler sa belle âme.

Ah! le beau manoir, ma chère vieille amie! Je le connais maintenant; j'y suis; je voudrais bien n'y pas rester. Le pays mtj le château

• avec ses trois tours basses et car^

coiffées de pyramides de tuiles, et les chênaies qui lui font une ceinture bleuâtre... Mais l'intérieur, chère! mais les appartements! Elle n'était pas documentée sur le confortable moderne, la tante Destourbès. Que le papier des salons soit moisi, que le plafond de la salle à manger s'effondre, cela m'est assez égal. Mais croiriez-vous qu'une seule chambre à coucher est habitable (la chambre de la morte; ce n'est point trop gai!), et quand je dis habitable... Enfin, elle renferme un lit qui tient sur ses pattes et une table de toilette... Car de cabinet de toilette, il n'en faut point chercher dans toute l'habitation. J'ai remarqué même une chambre dont le mobilier se compose d'une chaise et d'un chandelier.

Le dénûment de tout cela était tel que Maurice et moi, après la première visite à notre domaine, nous avons eu quelques bonnes minutes de fou rire... C'était le soir, vers dix heures. Nous avions passé la journée en chemin de fer; nous étions fatigués. Il s'agissait de nous coucher.

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