‹ Nouvelles lettres de femmesChapitre 14 sur 30 · LE CAHIER I EVE I7Ç · texte numérisé non relu

LE CAHIER I EVE I7Ç

son bien, sa chose, qu'il ne se préoccupe plus de me garder?

Faut-il donc ne plus lui manifester ma tenjut-il flirter de mon côté, le rendre jaloux, user du procédé familier aux romans et aux comédies?... Oh! comme cela me répugne! Non, je ne ferai pas cela; je ne me donnerai pas, ramener mon mari, les apparences d'une malhonnête femme. Seulement, je crois qu'il sera de surveiller mon cœur: je d >is faire comprendre a Raoul mon chagrin, et cela non pas par des larmes (j'ai déjà pleuré en sa présence, héla?' et je sens que cela gâte tout) mais par du silence, par... de l'abstinence. Il m'en coûtera beaucoup; pourtant il le faut.

Je prends la résolution de traiter dorénavant

mon mari avec froideur et soumission, sans plus.

Maintenant, contre mes deux ennemies, contre

de Giverny et M Delaveaux, que puis-je?

Je ne veux pas de scène en public, assurément,

et d'ailleurs, R.ioul, tout en flirtant outrageusc-

• 1res, reste homme du monde

de moi : il ne me

fournirait même pas l'occasion d'une scène. Alors me résigner? Je ne le puis pas: je ne suis pas assez héroïque, assez sainte pour accepter d'être trompée. Je ne crois pas que Dieu exige cela de moi. J'ai droit à la fidélité de mon mari. Si elle ne m'est point gardée, j'aime mieux vivre seule, avec mon bébé chéri, qui peut-être me consolera.

Donc, voilà qui est décidé. Je saurai la vérité, et si elle est trop cruelle pour moi, je prierai ma mère de revenir avec moi et Bébé, dans nos terres du Loir-et-Cher... Mais comment savoir?

L'autre jour, un prospectus est arrivé à mon nom, comtesse de Boistelle, et je l'ai ouvert devant mon mari, bien ignorante de ce que j'allais y trouver... C'était la circulaire d'une agence qui se charge de surveiller les maris pour le compte des femmes, et les femmes pour le compte des maris. J'ai tendu le papier à Raoul, qui, aussitôt après y avoir jeté les yeux, l'a froissé d'un air mécontent.

Il avait tort d'être mécontent. Jamais je n'userai de tels moyens! jamais je ne le ferai espionner

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