ALL S WELL
Talloires, juin iS..
Comme tout ce qui m'entoure est paisible, grandiose et souriant! Autour de notre chalet endormi sous le soleil d'après-midi, les montagnes bleues et blanches... En face, le grand lac couleur d'étain... Paris est bien loin!
Paris est loin, et aussi le passé d'hier, les cruelles heures que j'ai souffertes, si cruelles que, bien vrai, j'y ai souhaité de mourir; j'ai demandé à Dieu, du fond du cœur, de me reprendre avec
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lui, n'en pouvant plus. Ht voilà que c'est fini. cela, que c'est du passé... La vie recomm. unie, lumineuse, et, tant ce retour a été prompt, je n'ose presque y croire, — je n'ose revivre.
Les dernières lignes que je trouve sur mon cahier sont désespérée- : « Moi qui ne sers à rien ici-bas, je m'offre, — j'offre ma vie, plutôt que la fidélité de mon mari ou la santé de mon til
J'écrivais cela au milieu de la journée, dans la chambre de Bébé, à côté de son petit lit. Miss lisait. Le docteur devait revenir vers cinq heures, et je guettais sa venue impatiemment, bien que je connusse à l'avance son diagnostic : a Rien de nouveau; attendons. » Fn effet, il n'y avait rien de nouveau. La peau était toujours intacte, m de sueur. L'enfant gémissait dans un sommeil agité. Dès qu'on le touchait pour arrange: draps, il criait, il avait une sorte de crise de nerfs.
Vers quatre heures, on a frappé. C'était Joseph, le valet de chambre de mon mari. Oh' je
1 m pêne-
trables, cette bouche aux lèvres invisibles, tout ce masque sournois et hostile!
— Qu'est-ce que vous voulez, Joseph?
— Monsieur fait demander à madame si monsieur le vicomte va mieux.
(Monsieur le vicomte, c'est René. Mon vicomte adoré!)
— Monsieur n'est donc pas sorti?
— Non, madame. Monsieur est resté dans son cabinet après déjeuner. Il prie madame de le faire prévenir quand le docteur viendra pour monsieur le vicomte.
— Bien, Joseph ! Miss descendra prévenir monsieur.
Ainsi, mon mari n'était pas sorti ; il s'inquiétait de la santé de Bébé ; il voulait assister à la visite du docteur. Le croirait-on? Cette sollicitude m'importuna. Tant de rancune s'était amassée au fond de moi, que je ne voulais plus, pour mon fils, de la tendresse de Raoul. Qu'il me laissât seule avec le cher petit malade et qu'il s'en allât chez cette créature!... Vilain orgueil de sa souffrance, n'est-ce pas? Mais je souffrais tant!
Le médecin arriva un peu passé cinq heures; provenu par miss, le comte parut aussitôt, si mparé, si différent de L'homme énergique, volontaire, un peu absolu qu'il est à l'ordinaire, que j'en conçus quelque apitoiement. Évidemment, il souffrait: un combat commençait en lui entre cette générosité réelle qui le fait aimer de et le mauvais désir, l'indigne sollicitation de son caprice.
• Rien de nouveau: il faut attendre. » Ces mots, que j'avais prévus, le médecin les ■ en reposant sur l'oreiller la tête ébouriffée de Bébé, qui murmurait:
— Tête Bébé, dotteur... tête Bébé!
1 : il se tapait le front avec ses menottes pour trer où il avait mal.
— Il faut attendre... et être prête à tout. La crise il se produira évidemment quelque chose ce soir, au plus tard cette nuit. L'enfant couve une indisposition, sans cela la fièvre ne
. ez-VOUS un bon médecin
— Pourquoi ?
— Pour cette nuit, pour l'imprévu.
— Il y a un médecin place Beauvau, le docteur Guil.
— C'est un jeune homme, très intelligent, je le connais. Je vais lui écrire un mot pour vous recommander à lui. Faites-le appeler à n'importe quelle heure, s'il survient du nouveau.
Le médecin parti, nous restâmes quelque temps seule à seul, Raoul et moi. J'affectais de ne pas prêter d'attention à sa présence, j'allais et venais dans la chambre sans le regarder, sans lui parler. Il finit par me dire, d'un ton qui sonna faux :
— Je dînerai à la maison, ce soir, Geneviève. Et je lisais dans sa conscience comme en un
livre ouvert. Il pensait : « Vrai, c'est mal de laisser toute seule, avec de telles inquiétudes, cette pauvre Geneviève. Transigeons. Donnons-lui un de ces dîners en tête-à-tête dont elle raffole... Après, j'aurai fait mon devoir, je pourrai aller rue Vézelay. »
La veille, la proposition de dîner à la maison avec Raoul, « en amoureux », comme nous di-
: saucer de joie au pouvoir de mon mari. .Mais décidément,
certitudes m'avaient changée, le répi lemenc :
— Dînei ici si vous voulez, mon ami. Moi je ne descendrai pas. Et, d'ailleurs, je n'ai pas d'ap-
: Joute jusque-là que je fiiSf i trahison, a La minute même.
Il pâl pris qu'il
1er, lui denunder don la mauvaise influence
5, la plus fblte. 11e U de dire :
— Bien, comme vous VOudf
Je m'éi devant le lit de Bébé, deb
VCC ma robe. I
ortie.
. si
le L'enfant qui [ue minute, je me i
huit heures, Bébé s'éveilla tout à coup, voulut ses jouets : je lui fis comprendre qu'il ne fallait pas les toucher, les manœuvrer, pour ne pas découvrir ses bras et sa poitrine. Il consentit à me regarder jouer à sa place, devant lui. La mort dans lame, je tirais les fils de Polichinelle, je remontais la locomotive... Il se rendormit vers neuf heures, très pesamment. Et, le voyant calme, moi aussi je me mis à sommeiller.
Un léger bruit me réveilla. J'aperçus, penché sur le lit de René et l'examinant de près à la lueur d'une bougie, — le comte, mon mari. Il était vêtu comme pour sortir, souliers vernis, pantalon noir, chemise à plis ; seulement, il avait passé un veston d'intérieur en molleton bleu sur son gilet blanc. Je consultai la pendule du regard : elle marquait neuf heures vingt.
« Il va partir, pensai-je. Dans une demi-heure, il sera dans les bras de cette femme... »
Un instant, le projet d'aller l'attendre là-bas, devant la porte de sa maîtresse, retraversa ma pensée... Mais ce ne fut qu'un instant.
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Non... ma place n'est pas là... Elle esc u