‹ Nouvelles lettres de femmesChapitre 2 sur 30 · LA NUIT DE RAYA! ON DE · texte numérisé non relu

LA NUIT DE RAYA! ON DE

que depuis le moment où j'étais seule avecGaston, il me semblait qu'il n'était plus du tout, mais du tout mon mari. Je me surprenais à me demander : « Pourquoi donc me trouvé-je ici avec ce monsieur si affairé? » Le fait est qu'il s'en donnait du mal, pauvre ami! Les billets, les bagages, les oreillers, que sais-je? il en avait plein les mains. Même il s'est disputé avec un agent: « Je ferai mon rapport, monsieur! je ferai mon rapport au directeur de la Compagnie!... »

Nous finissons pourtant par monter, rien que nous deux, dans un compartiment. On va partir. Gaston s'assied près de moi, me prend les mains, baise mes gants avec ardeur en s'écriant: « Raymonde! ma RaymonJc adorée! quel bonheur d'être seuls, tout seuls!... » Juste comme il disait cela, la portière se rouvre et un vieux monsieur monte, oh ! si vieux, si grave ! il devait être sénateur et membre de la ligue contre la licence des wagons, celui-là! Gaston se relève, se rassied; il était furieux; mais qu'y faire? On ne pouvait pourtant pas prier le vieux ligueur de s'en aller? Faute de mieux, Gaston garda une de mes main :

qu'il pressait avec tendresse. De temps en temps, il se penchait pour me dire à l'oreille : « Raymonde ! ma petite femme! m'aimez-vous un peu? » Je répondais : « Mais oui, mon ami, mais oui. Sans cela, je ne vous aurais pas épousé. » Une fois, pour changer sans doute, il murmura: « Raymonde! ma petite femme! Aimez-vous Gaston? » Je fus prise d'un accès de fou rire. Aimez-vous Gaston? Ne trouves- tu pas cela drôle à pleurer? Aimez-vous Gaston? Moi, j'en riais encore quand je m'endormis, ce qui ne tarda guère.

Gaston me réveilla à la station de Savigny, où nous descendions. Il était deux heures du matin, un peu passées. Une voiture nous attendait pour nous mener à Noyant, la propriété de ma bellemère, qui nous la laisse pendant notre lune de miel... Il y a dix minutes de la gare à la maison. Gaston s'attendrissait à tous les ormeauxque nous rencontrions sur la route et qui avaient tous joué un rôle dans son enfance. Moi, comme il faisait noir, je ne distinguais pas grand'chose; je disais tout de mêm^ que c'était joli, pour lui faire

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