‹ Nouvelles lettres de femmesChapitre 20 sur 30 · LE CAHIER DE · texte numérisé non relu

LE CAHIER DE

Depuis que vous êtei couchée, je suis resté ai de vous.

Il approchait son visage du mien, tout près. ai murmurer :

— Aloi

Il me comprit. Il répondit à voix basse:

— Alors... le vous aime uniquement... Et il faut me pardonner.

Jamais, depuis nos fiançailles, nous n'avions échangé un baiser comme celui-là!

Et voilà.

Trois semaines ont passé. On a pu transporter Bébé, jeudi dernier. Nous sommes à Talloires, dans notre chalet, comme tous les ans. On m'a montré un certain bleu reçu à Paris, le lendemain de la terrible night} et qui disait :

Y ai Attendu, hù

•' chambre. Je n'aimep

tr. — Su i

Et il paraît que ce bonsoir est un adieu.

Quant à Mlle de Giverny, c'est plus drôle... Elle se marie!

Monsieur Bébé, lui, est plus beau que jamais. Ses boutons n'ont pas laissé de marques, sauf un petit trou en triangle, sur la tempe droite, qu'il gardera, paraît-il, toute sa vie.

— Cela ne l'empêchera pas d'être joli garçon, m'a dit le docteur Robin, et de faire des conquêtes, comme son père !

Comme son père! Plaise à Dieu qu'il en fasse un peu moins !

Pour le moment, mon conquérant ne rêve pas encore aux dames. Il fait ses délices d'un lapin vivant que son père lui a donné; il est en coquetterie également avec le petit âne qui sert à nos domestiques pour aller, chaque matin, chercher les provisions à Annecy. Cet âne et ce lapin sont toute sa pensée, et je n'ai pu l'empêcher de modifier ainsi la prière du soir :

« Bon Zézus... Tour... Servitou grandi. Donne/ santé à rata, a maman... Donnez santé au lapin, à L'âne... àgamé... à miss... Socci! »

... Trésor!..

Le Trait d'union

Le Trait d'union

La comtesse Clotilde d'cArminges à mademoiselle ZabelSivry, à -Parisiens.

''Dimanche.

Mademoiselle,

Z T. e vous prie de ne point ressentir trop d'étonnement en recevant la lettre que voici. Bien que nous nous connaissions l'une l'autre de vue et de nom (et cause), j'avoue que nous ne paraissions pas destinées KCUSez-moi; la

mon mari et votre...

2l6 NOUVELLES LETTRES DE FEMMES

ami. Depuis deux jours et autant de nuits, M. d'Arminges n'a pas paru chez lui. Assurément, il est libre de se distraire comme il lui plait et où il veut; moins que personne, j'entends le surveiller. Cependant, une absence aussi longue ne laisse pas que de me rendre inquiète. Le comte est correct; s'il ne m'a pas rassurée d'un mot, c'est qu'il est dans l'impossibilité de le faire. Or, vous le savez sans doute, M. d'Arminges, qui n'est plus tout jeune, est sujet à des intermittences cardiaques dont l'effet est de lui ôter, souvent pendant de longues heures, tout mouvement et même toute apparence de vie. Ces périodes de coma exigent des soins particuliers et le traitement d'un médecin spécial. N'a-t-ii pas été surpris par une pareille attaque, hors de chez lui? Voilà ce que je redoute.

Mon mari m'a quittée vendredi soir, à l'heure de son cercle. Nous sommes à la fin de dimanche et il est encore absent. J'ai fait prendre des nouvelles au cercle; on ne l'y a vu ni vendredi ni les jours suivants. Je me suis même permis

d'envoyer une tomme de chambre de confiance chez votre concierge, mademoiselle: on a répondu M. d'Arminges ne s'était pas montré depuis deux jours. Toutefois, avant de mettre la police en branle, ce qui me répugne, j'ai voulu m'adresser directement à VOUS. J'espère que vous apprécierez les circonstances qui me déterminent à cette démarche et que vous voudrez bien, si vous le savez, me dire où se trouve le comte .Maxime, ou du moins s'il est en sûreté et en bonne santé. Croyez-moi, je vous prie, mademoiselle, votre très obligée.

Comtesse d'A

lemolselle Zabel Sivrv à madame la con d'&irmin

Madame,

Si vous avez vu le comte Maxime vendredi soir, vous êtes plu- • que moi, qui n'ai

eu ni visite m nouvelles de lui depuis jeudi, après midi. Nous av >ar-là, fait ensemble

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quelques emplettes chez Fontana, entre autres celle d'un papillon de brillants qu'il vous destinait, je crois; pour le choisir, il désirait mon avis, que je lui donnai de mon mieux. Voilà mes derniers renseignements. Moi aussi je suis inquiète, n'étant guère accoutumée à de si longues absences et à un pareil silence, et redoutant comme vous, pour le comte, l'accident dontvous parlez... Bien entendu, je ne me serais jamais permis de m'adresser à vous la première; j'avoue cependant que j'ai, moi aussi, fait prendre le plus discrètement possible des renseignements à votre hôtel. Puis-je espérer, madame, que si vous avez enfin des nouvelles de M. d'Arminges, et si celui-ci est hors d'état de m'en adresser, vous aurez l'extrême obligeance de me rassurer? De mon côté, je vous informerai, sans retard, de tout ce qu'il me sera possible d'apprendre sur le sujet de notre inquiétude commune.

Veuillez agréer, madame, l'assurance de mes sentiments respectueux.

Zabel S...

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