LE TRAIT
Il demeure implicitement admis entre lui et moi que l'accident a eu lieu chez vous.
1 c maintenant que nous voilà tranquillisées Tune et l'autre, mademoiselle, je tiens à vous remercier pour la discrétion, le tact et le dé} ment dont vous avez fait preuve au cours de cette affaire. Je savais déjà (tout le monde le sait a Paris) que vous êtes une très charmante femme et une artiste très applaudie, mais permette/-moi npathiquement surprise de rencontrer dans le monde du théâtre, dont on nous dit tant de mal, une délicatesse et une urbanité que j'aurais vainement cherchées dans mon monde a moi.
De pareils procédés, assurément, ne se paient .■: j'entends rester votre débitrice ridant, en souvenir d'une f alarme si cha que je vous otïre le papil que le comte m'a donné la semaine dernière.
l'avez choisi: donc il VOUS J que vous ne relu serez pas d'accepter un bijou j'ai porté.
J'irai le remettre chez -même, cette
après-midi, vers trois heures. Et, si vous êtes là, j'aurai un vif plaisir à vous voir.
Votre bien dévouée,
Comtesse cTArminges.
T.-S. — Par la même occasion, je vous demanderai l'adresse de votre modiste. Vos capotes et vos toques font notre admiration à toutes, et ni Reboux, ni Virot, ne savent qui travaille pour vous. Vous me le direz, n'est-ce pas? Nous pouvons vraiment avoir une modiste en commun puisque... Mais j'allais écrire une inconvenance.
Conciliation
Conciliation
ille à nuuLnne DumoustUi
; ! ma chérie, que d'événements, que ■ „y * v^< de . ,jue Je révolu rions dans
.— ; : *-v nia pauvre vie depuis un mois! j'en suis toute sens dessus d chant par
moments si je veille ou si je m'ébats parmi le plus incohérent des songes. Le matin, dans mon lit, j'ouvre les yeux; à r .ïàrd d'un
demi-somme, j
rire langui ren-
contre le bras, le torse ou tel autre point de l'académie de mon mari. De mon mari, tu entends bien? C'est donc raccommodé? Mais oui! Du diable si je m'y attendais, par exemple ! Six semaines de liberté, et me voilà, en un tour de main, ressaisie par toutes mes obligations d'honnête épouse. Au fond, je n'en suis pas fâchée, parce que j'aime bien Paul. Mais c'était gentil de n'avoir plus de devoirs ; je commençais à y prendre goût. Parce que moi, vois-tu, le devoir, les principes, je ne connais que ça... Une femme mariée, pas permis de se laisser baiser la joue. Divorcée, veuve, tout ce qu'on voudra, on est libre. Ma liberté aura été courte, mais je puis me rendre cette justice que j'en ai profité de mon mieux. Maintenant, je connais à fond le barreau, j'ai vu la magistrature assise, debout, dans toutes les attitudes... Puis, tout d'un coup, c'est fini de m'instruire! Imagine un aveugle à qui on aurait rendu la vue pour quelques jours ; il regarde, regarde de tous ses yeux, prend goût au spectacle de la nature; puis, un beau jour, psitt! on le remet dans les aveugles. Voilà mon cas. Je n'ai
plus d'ye \. Laisse-moi au moins me divertir a te
conter ce que j'ai vu, du temps que j'y \
Ma petite Alice, tu sais 51 je suis une honnête femme! L'n peu écervelee, peut-être, mais honnête femme comme on ne L'est pas, à tous cril la meilleure honnêteté pour les maris (la tienne aussi), celle qui persiste malgré nous: L'honn qui se dit: a Oui... évidemment... avec l n tel. rait gentil... Mais il n'y a pas moyen: je ne peux pas tromper mon mari. » Est- ce bête d'être honr. >int-la, quand on voit tant de
mes mariées qui ont des aventure bien avec leur mari, tout de même! Enfin, j comir. 1 a y faire. Du reste, Paul me plai-
sait: il m'aimait bien; il me le prouvait de t. is étions un gentil petit mé:
I craqué par La ùu: oeur.
sœur qui a quinze ans de plus que vit avec votre mari , vaut deux b
mères. Elle n'est pas mëcl C, la
pauv ... maisd :r tout le :
juandon 1.
médaille
lit route seule, l'hiver, avec son moine quand on se dit que la petite cadette se chauffe avec un moine vivant et caressant, pourvu de jolies moustaches... Pauvre Annette ! Tout cela lui aigrissait le caractère, et c'est bien naturel... Elle a vieilli de cinq ans au moins la première année de mon mariage. L'année suivante, Paul m'a dit :
— Ta sœur devient insupportable. Il faut la marier.
L'idée de marier Annette me parut d'abord comique au possible. Il y a des personnes, n'estce pas? qui ont l'air d'avoir un sexe à part, un sexe insociable. A la réflexion, je convins pourtant qu'il n'y avait pas d'autre parti à prendre. Moi aussi, je n'y tenais plus.
— J'ai un parti, conclut Paul, avec une sombre résolution. Tu verras. Annette est un épouvantail, mais elle a une dot, une jolie dot même. Laisse-moi faire.
Il annonça son projet à ma sœur. Elle crut d'abord à une plaisanterie; mais quand elle comprit que c'était sérieux, elle montra une émotion, un effarement mêlé de joie si sincère que Paul
ILIATION
lui-même en fut touché. Le lendemain, il amena
le prétendant déjeuner. Je m'attendais a voir un
barbon ridicule: pas du tout. Je VIS un homme d'environ trente ans, râblé, alerte, assez soigné. C'était un employé de la maison de banqueoù Paul est administrateur.
[l est ambitieux, intelligent; il souffre d'être pauvre. Il marchera, me dit Paul.
En effet, il marcha, une semaine, quinze jours, taisant quotidiennement sa visite à An Annette rayonnait, mais d'un rayonnement qui ne l'embellissait pas; elle fleurissait plutôt, elle bourgeonnait, si j'ose dire. Tout était décidé, on allait annoncer les fiançailles... Patatr lettre du monsieur arrive un beau matin pour mon mari; il ne marchait plus. « Disproportion de fortune... différence d'âge... qui pourraient faire supposer... Garderait un souvenir ému des bontés etc.. o Enfin, il battait en retraite.
un petit imbécile, décidément, déclara Paul. Je vais le flanquer a I
Il le fit comme il le tu, ma
chère, que ma sœur rendic Paul :
sa déconvenue? Elle l'accusa d'avoir monté ce coup pour la ridiculiser; elle qui ne l'aimait pas beaucoup avant, elle le prit en haine véritable. Toujours elle m'avait dit de me méfier, qu'il devait me tromper, courir les boudoirs d'actrice sous prétexte de conseils d'administration. Je haussais les épaules, je riais, j'avais confiance. Sais-tu ce qu'elle fit? Elle s'adressa à une agence, ou fila Paul; on découvrit qu'il allait tous les soirs passer une heure dans un entresol de la rue Bassano. Annette me monta si bien la tête sur sa découverte que je finis par laisser organiser une petite souricière où mon mari tomba; j'eus entre les mains deux lettres des plus compromettantes... Moi, bête, j'aurais peut-être pardonné; mais ma sœur ne le permit pas. Elle nous brouilla définitivement. Je demandai le divorce.
Demander le divorce, je m'imaginais, moi, que ce n'était pas plus compliqué que de demander une loge à l'Opéra. Ah ! ma chère, ne divorce jamais, va! Tu n'imagines pas tout ce qu'on a inventé pour dégoûter les clients. Il faut un avoué,
puis un avocat, puis des juges, un président...
enfin, un tas d'auxiliaires qui exigent d<
et des correspondances sans nombre. Ce qui compliquait la chose, c'est que mon mari, malin, demandait à son tour le divorce contre moi. Anne: te, se méfiant des raccommodements, m'avait tait quitter le domicile conjugal. Nous étions installées rue de Yarenne, dans une maison de traite pour dames seules, tenue par des religieuses... On ne s'y tordait pas du matin au soir, dans la maison de retraite: elle suait l'ennui, la iserie », la pose; mais que veux-tu? c'était parfaitement correct; puis on y pratiquait la spécialité des divorces mondains. De mon temps, nous étions six divorçantes, quatre jeunes et deux vieilles. Il fallait nous entendre parler des hommes, quand nous jabotions ensemble toutes Les plus Annette ! Ma chère, une jeune 6 lie qu'on mettrait seulement huit jours dans cette m ; là ferait vœu de célibat pour le reste d< sûr! Pourtant, les deux vieilles voulaient se remarier; elles avaient dc< futurs en vue.
C'est la SUp< LS a indique l'a.
et l'avocat. Ils sont, pour ainsi dire, attachés à l'établissement, comme des espèces d'aumôniers laïques. Et si notre aumônier est un prêtre extrêmement élégant et titré de Saint-Sulpice, je te prie de croire que nous avons également la fleur des avoués et la perle des avocats. L'avoué s'appelait Me Cartelier, un géant blond à moustache de Gaulois; tu sais si j'adore ce type-là, Alice! (Au couvent, le frère d'Eugénie, dont j'étais toquée, tu te rappelles?) Quant à l'avocat, — non! devine?... Darthenay, mon Darthenay, — notre Darthenay, si tu veux, car il te faisait aussi la cour, à Étretat... Lorsque j'entrai dans son cabinet, son émotion fut extrême, ce Comment... C'est vous... c'est vous, Blanche!... » (A la fin de mon séjour à Ètretat, déjà tu étais partie, il avait la mauvaise habitude de m'appeler Blanche.) Et il me prenait les deux mains, il les embrassait! J'étais un peu émue, moi aussi, tu comprends; j'ai tout de même joué la dignité et la froideur : « Monsieur, je ne suis pas en humeur de flirt... Je viens vous trouver pour des affaires sérieuses... de la part de la Mère Eucharis... »