CONCILIATION 2}Ç
I tarthenay a bondi :
— De la part Je Mère Eucharis... maisaloi
— Parfaitement...
Jamais adverbe ne bouleversa un avocat à ce point.. \vantque j'eusse songé à me défendre, mon Darthenay (notre Darthenay, pas d'egoïsmef)
a res! mains, puis ma taille, puis mon
cou, m'a couverte de caresses en balbutiant :
— Divorcée!... Oh! Blanche... Blanche ch que c'est gentil!... Que je suis heureux! Je vous adore toujours, vous sav
II s'efforçait de m'en convaincre, et moi, d après le veuvage où je vivais depuis quelque temps... brrr... ses déclarations me remuaient plus qu'à ftretat. A un moment, je perdis U
je soupirai cette suprême défense qui avait gardé jusque-là mon honneur dans les cir^ analogues : a Henri... Henri... je ne tromper Paul. Rappelez-vous que je suis mariée... » Mais lui, admirable :
— Gommer :npcr Paul! .V
a plus de Paul qui tienne; mais vous n'êtes plus mariée !
Ah ! dame, moi, je n'avais pas prévu cet argument-là. J'étais prise... prise par la logique, par le raisonnement... « Et c'est vrai, après tout... je ne suis plus mariée... je n'ai plus de devoirs... Comment vais-jefairepourrésister maintenant?... Réfléchissons!... » Ouais, réfléchir! Pendant que je réfléchissais, il démontrait, lui... La démonstration finie, j'étais si confuse de n'avoir rien trouvé à répondre que je me suis mise à pleurer. Darthenay, très correct, m'a consolée gentiment, tendrement, si gentiment et si tendrement que j'ai tout de suite compris une chose : il était le mari qu'il me fallait. Je ne sais pas dissimuler mes impressions. Je lui ai dit :
— Henri, il faut que vous m'épousiez.
Il n'a pas eu l'air trop surpris.
— Certainement, m'a-t-il répondu... vous êtes la femme rêvée pour un homme ardent et intelligent (lui, tout simplement ; il est assez content de lui). Jolie, élégante, spirituelle, un peu... amoureuse...
le baissai les yeux.
— Alors, sitôt divorcée : dis-je.
— Bien sûr... seulement...
— II y a un seulement.
— ... Je suis marié!
J'ai reçu un fore coup, je t'assure. Je m'attendais à tout, sauf à cela.
— Monsieur, vous ave/, très mal agi. On ne joue pas ainsi avec l'honneur d'une femme. Apres m'avoir dit que vous m'adoriez à Ètretat, \ n'avez rien eu de plus pressé que d irier. Vous ne m'aimez pas.
J'avais beaucoup de chagrin. Darthena;.
peignit Le r où l'avaient plongé me
fus... « J'ai senti que j'avais affaire à un honnête femme n'avais aucune chai
j'ai cherché l'oubli... »
— Eh bien, lui dis-je. onsnous!
— Voila une bonne idée, répliqua-t-il. Je vais lacr
Jivo nbrouiUer les affaires
m . D'ici la, quai
2]ô NOUVELLES LETTRES DE FEMMES
Je fis semblant de ne pas comprendre.
— Vous verrez mon avoué.
— Je me moque bien de votre avoué... Vous, Blanche... vous, ma cliente aimée, quand?
Il m'arracha une promesse de rendez-vous contre l'engagement solennel de s'y comporter sagement. En me reconduisant, il me demanda :
— A propos, quel est votre avoué?
— Maître... Attendez que je regarde... La Mère Eucharis m'a donné un papier... Maître Cartelier.
Il parut mécontent.
— Cartelier! Toujours Cartelier ! J'ai beau prévenir la Mère Eucharis, elle s'obstine. Voulezvous un conseil? N'allez pas chez Cartelier.
— Pourquoi donc?
— Parce que ce n'est pas un avoué convenable pour une femme jeune et jolie comme vous. Il a une très mauvaise réputation.
— Laquelle?
— Celle de compromettre ses clientes.
— Eh bien! et vous?
— Moi, ce n'est pas mon habitude. Et puis,
moi je suis un tendre. Tandis que Carcclii
un brutal.
Il me serra dans ses bras pour bien nie prouver qu'il était un tendre. Comme je descendais l'escalier, il répéta encore :
— N'y allez pas; c'est un brutal.
Qu'est-ce que tu aurais fait, toi, Alice? Tu aurais été tout droit chea Cartelier, pour te •même qu'une honnête femme ne te jamais la brutalité des hommes?... Eh bien ! moi, j'ai eu la vertu de rentrer au cou . de remettre la décision au lendemain, de consulter de nouveau la Mère Hucharis. Fr c'e.^c sur L'affirmation réitérée de cette vénérable dame, que Cartelier était l'avoué le plus « débrouillard » de Paris (elle répéta ce mot deux ou trois I que je me décidai à passer OUtr Darthenay.
que je lus en présence de m pris sa réputation d'homme à femm vraiment un 1 I ! Le
igénie en :
qu'on voie rien dedans... C'est désolant qu'un homme comme ça soit avoué. Il devrait être acteur ou artiste. Je le lui ai dit, — pas la première fois, mais plus tard. Laisse-moi te raconter...
Premièrement, il ne s'est rien passé de ce que je redoutais. Cartelier s'est montré d'un convenable qui effleurait l'indifférence. Lui, brutal! Ah! bien oui... pas même aimable. Très débrouillard, par exemple. En un quart d'heure, il avait compris mo:i affaire, il me la résumait en langage télégraphique : ce Mari un peu coureur, mais gentil chez lui... Sœur acariâtre... c'est elle qui vous a poussée... Pas très désireuse d'abord... Maintenant, décidée même à marcher jusqu'au bout? Bien ça?... » C'était bien ça. Je n'avais plus qu'à me retirer.
Pourquoi le nier ? j'étais un peu déçue. On n'aime point, n'est-ce pas? avoir fait provision de courage et s'apercevoir en fin de compte qu'il n'y avait pas de danger. Darthenay m'avait-il menti? Certes, je ne tenais pas à impressionner mon avoué, mais enfin, c'est blessant d'inspirer de la répugnance aux gens qui vous plaisent.
ILIATION
Mon petit mécontentement d'amour- pr
tourna vite à L'obsession : et cette obsession me
tout le plaisir que j'aurais dû prendre au rendez-vous avec Darthenay. Je fus insupportable avec ce pauvre garçon, qui n'y comprit rien et partit tout désemparé.
I >e retour au couvent, j'amenai discrètement la conversation de mes co-divorçantes sur le sujet de M. Cartclier. Toutes parlaient avec éloges de ses qualités d'homme d'affaires; ne le
mot de la Mère Eucharis : « Débrouillard, très débrouillard ». Mais quand j'essayai de les taire
r sur l'homme, j'observai des roi;.
réticences. « Ah ça. pensai-je, est-ce que ce malotru aurait manqué de respect à tout le monde, saut àmoi-... il I ne certaine petite M nt-Mandé,
brune et timide, qui divorçait pour des motifs ridicule de chambre à coucher, m'en convainquit. Je la pris à part; je me plaignis de ne s'il m'eût traitée de la dernière înconven :
- relier tut avec elle le dernier des brutaux!
Cela ne pouvait pas se passer ainsi, tu comprends. Sous un prétexte quelconque, je retournai chez l'avoué, résolue à connaître le mot de l'énigme. Tu devines ce qu'il me fallut d'empire sur moi-même pour me montrer gracieuse avec ie géant blond, que je commençais à détester! Je fus gracieuse, peut-être même un peu provocante. En me penchant par-dessus son épaule pour regarder une pièce du dossier, il m'arriva d'effleurer sa moustache... Mais ce ne fut qu'un instant, un instant infiniment court... ce contact léger suffit à galvaniser son inertie. Ah! ma chérie, la terrible aventure, et comme une honnête femme a tort de se fier à son honnêteté poursedéfendrecontrelabrutalité!... Oui, brutal, ce Cartelier, brutal! brutal! Ce fut le mot que je lui jetai, fièrement, dignement, en quittant son cabinet, quelques minutes plus tard... Croirais-tu qu'il recommençait à débrouiller tranquillement son dossier?
Je n'ai pas besoin de te dire que je ne remis plus les pieds chez lui que dans les cas indispensables. Au fond, j'étais assez mécontente de