‹ Nouvelles lettres de femmesChapitre 27 sur 30 · CONCILIATION · texte numérisé non relu

CONCILIATION

au Palais, quand, après une interminable promenade a travers des corridors et des escaliers, j'arrivai au vestibule d'attente de la chambre conciliations, je t'assure, mon Alice, que si le cœur me battait fort, ce n'était point de peur que le divorce lût prononcé pour ou contre moi, ni m jme qu'il tût ou ne fût pas prononcé: c'était de le revoir, lui, Paul, en présence de qui on allait me mettre dans un instant. Le vestibule était plein de gens du peuple, de petits bourgeoi hommes généralement tout seuls, assez tristes. assis dans des coins, l'air timide, embêté: les femmes presque toutes accompagnées d'une mère, d'une parente, d'une amie âgée(leur. An nette, bien sûr!...). Je cherchai Paul des yeux... il n'était pas là. Tout à coup, Ànnetce me poussa le coude : — 1 iens, le voila, le misérable. Sois digne. Je lus digne: mais, tout de même, je le regardai, le misérable! Ma chère, comme il était bien' Il avait un peu maigri, touj >urs élégant, alerte, séduisant, des violettes a sa boutonnière, le chalulsant, la cravate du dernier ton. Tous les autres hommes qui étaient la paraissaient destinés

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à brosser ses habits, à cirer ses souliers, à ouvrir la portière de son coupé. Je songeai à Darthenay, au géant blond, au président de la Coudraie... « Mon mari est joliment mieux, » pensai-je. Déjà je redisais : « Mon mari ».

Annette, cependant, me faisait la leçon : — Tâche d'être un peu ferme, tout à l'heure. On va chercher à vous réconcilier, à vous jeter dans les bras l'un de l'autre. Si tu as une minute de faiblesse, rappelle-toi Henriette de Conti... Eh bien! qu'est-ce que tu regardes?

Je regardais Paul, qui me « faisait de l'œil », si j'ose ainsi dire. Comme je comprenais bien ce que signifiait cet œil, œil d'amoureux plus que de mari! Cela signifiait : « Ma Blanche aimée, vous avez beau courir la prétentaine, me citer devant le tribunal, me faire mille misères, je vous aime, je vous veux toujours... » Et je me surprenais à répondre, moi aussi, par le télégraphe des yeux : « Mon cher mari, je serais bien aise de vous embrasser... Mais je ne peux pas, à cause d'Annette. »

lie-ci, saisissant mon bras, rompait .

lemmenc notre conversation de muets en me forçant à tourner le dos à Paul. Un huissier appelait :

— Ardeville contre Arde ville..

— Du courage! me souilla ma sœur. Pense à riette de Conti, Henriette de Conti, Hen-

te de Conti...

Elle me ÎUX nom jusqu'à la porte

de la chambre. .Mon mari et l'huissier y pénétrèrent après moi.

— Vous pouvez vous asseoir, nous dit l'huissier. M. le président et son greffier vont venir

a l'heure.

Et il sortit, nous laissant seuls.

Paul s'a j'allai à la fenêtre et je regar-

dai d.\'M la cour. J'étais redevenue très digne. Je me répétais rageusement: « \ (endette de Conti, Henriette de G me donnait une en-

tité d'aller gifler incontinent le joli monsieur bien habillé, bien chapeauté, bien fleuri, derrière »up j'entendis que le monsieur se levait : se nt sur le plancher,

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l'odeur des violettes s'approcha... Suis-je bête! je n'osais pas me retourner, ni remuer; je sentais que j'allais me trouver mal, tomber... Et je tombai, effectivement, dans les bras de Paul... Ah! dis-moi tout ce que tu voudras, que je manquai de dignité, que je fus lâche. J'aurais bien voulu t'y voir, toi! C'est si bon d'être lâche parce qu'on aime trop... Et puis, il y avait si longtemps!

— Allons, je vois que tout s'arrange, dit une voix que je reconnus.

C'était le président de la Coudraie, qui discrètement rentrait, suivi de son greffier. Il nous trouva assis l'un près de l'autre sur la banquette, dans une attitude des plus convenables : seulement j'avais laissé une de mes mains dans celles de Paul.

Un peu confus tout de même, nous ne parlions pas.

— Voyez-vous, mon cher monsieur, reprit-il en s'adressant à Paul, il n'y a rien de tel pour amener la conciliation entre époux que cinq minutes de tête-à-tête.... L'amour conciliateur... J'ai

depuis longtemps envie de taire peindre ce sujet allégorique sur le plafond de mon prétoire.

Brave président! Il eut la délicatesse de nous faire reconduire par une autre issue, sachant que deux époux réconciliés font sourire quelque peu les sots. Ce qui nous préoccupait surtout, Paul et moi, c'était d'esquiver Annette. Nous n'avons pas langui au Palais. Nous avons sauté comme des amoureux de contrebande dans le premier fiacre qui passait, et vite, vite, cocher! Vite chez Paul, chez noi

« Voilà qui va bien, diras-tu, petite Alice; mais Annette? Mais Darthenay ? Mais Cartels

Annette, je ne l'ai plus revue. Elle n'a pas même répondu a la lettre par laquelle j'ai tâché de me justifier. Cette brouille m'a chagrinée; je m'en console en songeant que ma pauvre sœur a trouvé sa véritable voie : elle demeure toujours rue de une, au couvent, où, m'a-t-on dit, elle s'est choisi pour mission de confirmer dans la lutte les divorçantes qui mollil

Darthenay ei Gartelier... Dame, ceux-là, il a

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bien fallu les revoir : je jugeais inconvenant d'envoyer Paul régler leurs honoraires... Croirais-tu que tous les deux, quand il m'ont reçue, se sont avisés de me traiter comme une petite femme à eux, avec laquelle il n'y avait pas à se gêner?... L'idée leur en est tôt passée, je te le jure, aux deux maîtres, au tendre comme au brutal. Faut-il vraiment que ces gens-là soient dépourvus de sens moral, pour ne pas comprendre, eux qui pourtant vivent de la loi, qu'une femme mariée est un petit objet sacré, qui, des pieds à la tête, appartient exclusivement à son mari?

Moi qui ai du sens moral, j'ai revêtu mes devoirs d'épouse sans aucun effort, même avec plaisir. Paul est amoureux de moi comme au temps du voyage de noces : il m'a tellement reprise, que pour un rien, dès le premier jour, je lui aurais raconté tout ce qui m'arriva durant l'interrègne de notre vie conjugale.

Cependant, j'ai tenu ma langue. Ne crois-tu pas que j'aie bien fait?

Les L i la s

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Les L i 1 a s

■. '. journée Je joie et de souffrance,

\[fe?*>) le souvenir m'en revient aujourd'hui,

rr^i avec un parfum de lilas. Fou- le temps de ma grossesse, j'av Ûl cl, le d ir de ces fleurs : c'était l'hiver: oïl ne pouvait m'en donner en abondance coma

ou je fus mère, ma chambre -'emplit pour la première fois de grosses bra! éei de Lilas, — un

de février, tout près Je mars. Le bon soleil I

de ce pays de Garonne réchauffait l'air, et par

Ja fenêtre entreclose il venait une brise tiède, une vraie brise d'été.

Le profond sommeil qui avait suivi l'accouchement s'évaporait avec lenteur, laissant après lui un engourdissement exquis, tissu de rêves brefs et de demi-réveils... Au delà de la porte entr'ouverte, je percevais un froissement de papiers dans la pièce voisine : c'était Louis, mon mari, qui travaillait à son bureau.

Rien qu'à le savoir là, tout proche, je me sentais apaisée, confiante. Je l'aime tant! Nous nous étions mariés quatre ans auparavant, à Paris où il était employé au ministère. Presque aussitôt, il avait eu son changement pour une petite ville du Lot-et-Garonne : et pas un nuage n'avait obscurci notre affection... Louis est intelligent et doux : ses fonctions d'inspecteur des domaines l'absorbent beaucoup. Il est bien de sa personne. Souvent, quand je me promène à son bras, j'entends dire : « Le bel homme! » Et cela me fait plaisir.

Durant les trois ans qui ont suivi mon mariage, jamais il ne me serait venu à la pensée

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