LETTRE CXVI
AU ROI
( Du Béarn, — fin de 1541 . )
Monseigneur, encores que l’on m’asseure de vostre bonne santé, tant par les lectres de Mons r le grant mestre, que le rapport de ceux qui en viennent, si ne me puis je garder d’user du coumandement qu’il vous a pieu me fere d’ouster toute crainte et revérence que je vous doy porter, pour vivre en la privaulté que vostre bonté me permet et vraye amour me coumande. Qui me fait, Monseigneur, vous escripre cete lectre, afin qu’il vous plese par vostre parole et la veue de ce porteur, lequel je vous supplie croire, donner l’epous au travail où mon csperit a esté jour et nuit pour la
peur que j’ay du mal que je vous ay veu dernièrement porter icy, et que j’ay seu avoir esté redoublé à Saint Mer *, que je sens bien n’estre douleur maindre que la mort. Vous suppliant très humblement. Monseigneur, divertir vostre cueur en toutes pensées d’aultre propous, afin que, en venant*, donnez vie à ceux qui ne veulent vivre que pour vous fere service.
Suppliant le vray consolateur, le benoist Saint Esperit, vous donner telle consolacion que vostre vie en bonne santé puisse aussy longuement durer que de bon cueur le desire
Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite.