LETTRE CXVII
AU ROI
{ Janvier 1542.)
Monseigneur, j’ay entendu par la lectre de Monseigneur de Tulle, et despuis par ce qu’il vous a pieu dire au prolonotaire d’Ourthe,la grande humanité dont il vous a pieu unser envers vos subjets tant de La Rochelle que des Marais 3 . Et combien, Monseigneur, que da-
* Saint-Merd ou Saint-Médard, village près de Libourne ( Gironde).
’ François I" était attendu chez sa sœur.
3 Les Rochellois s’étaient révoltés contre les officiers de la gabelle. Le Roi se rendit chez eux pour les châtier, mais le i" janvier ils vinrent lui demander pardon « au jardin de la maison où il avoit pris sou
^ant vous vous ayez peu juger l’amour que vous avez doublement recréé aux cueurs de vosdits subjets, si vous puis je bien asseurer que ceux qui en ont esté absens n’ont point esté ezans de la joye de ce pouvre peuple et de vous donner tant de louanges que je ne doubte point que le père de miséricorde , voyant en vous son imaige et reconnaissant son euvre, ne l’a couronné de toutes les prospérités et honneurs que vous luy sauriez demander, coume le coumancement y est bien aparent, veu que de tous costés vos affaires prospèrent selon le désir de ceux qui n’aiment riens que vous.
11 fault que je vous die, Monseigneur, que Monsieur de Tulle 1 m’a si bien mis par escript la piteuse suplicacion des pouvres malheureux pour l’heure, [et] vostre humaine et cristienue responce, en lisant laquelle il me sembloit voir et ouyr vostre acoustum,ée bonté et doulceur inespérée faire son office, que j’en ay tant faitfere de doubles, et envoyé en Espaigne et ailleurs, que cete chérité ne sera non plus celée aux houmes qu’elle est davant celuy que je supplie, Monseigneur, allonger de cent ans vostre vie pour le bien et l’heur de vostre réaulme. Yousmerciant très humblement du bien et de l’aide très grande qu’il vous
logis. Et le Roy estant au dit lieu, assis en son tribunal, et iceux ayant les testes nnes et les mains joinctes et les larmes aux yeux, avec ceux des isles prochaines , firent faire une requeste publique par l’avocat , à ce que l’on disoit, desdites isles. » (Du Bellay.)
Voyez dans du Bellay, qui rapporte au long les deux pièces dont parle ici Marguerite, le discours de cet avocat, et la réponse du Roi.
‘ Pierre du Castel (Castellanus), protecteur des gens de lettres et ami de la reine de Navarre (Voyez 1. 1, lettre i4g, p, 5y5.)
plest fere à M. de Cleves duquel j’espère que vous tirerez en bref service honorable et proufitable. Nostre Seigneur luy en doint la grâce, et à moy d’estre sans fin plus que très humblement recommandée à la vostre, à laquelle n’en a jamais veu qui soit digne d’approcher
■ Gendre de Marguerite. François I" envoyait des troupes le soutenir contre les attaques de Charles Y. L’issue ne fut pas conforme au vœu exprimé ici par Marguerite. Le duc de Clèves abandonna l’alliance de la France, et rompit son mariage avec Jeanne d’Albret. (Voyelles lettres suivantes.)
* La reine de Navarre envoya dans le temps même à son frère une figure de David pour ses étrennes , avec une épître en vers , dans laquelle David prend la parole pour louer la bonté et la mansuétude de François I" :
Demandez en à ceulx de La Rochelle Desquels le pied estait jà sus l'échelle # ,
Ceulx des marais , aussy ceulx de Bretaigne ,
Y a il nul qui de ce Roy se plaigne ?
Non, mais chacun & mou dire s’accorde Et le louant de sa miséricorde ,
Sa grant douceur partout preschent et crient.
( Sujte des Marguerites , ép. il au Roy , p. 5l )
Le Roi répondit par l’envoi d’une sainte Catherine, accompagnée aussi d’une épître en vers. ( Voyez le même volume, p. 54-)
Marguerite, continuant sa prosopopée, fait dire à David :
Incirconcis je tiens cenx qui conspirent Contre Dieu seul , et tous les jours empirent
C'est-à-dire qu'on les allait prendre.