‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 113 sur 154 · LETTRE CXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CXVIII

AD ROI

(Février 1542. )

Monseigneur, si les pouvres malades sont ouïs de Nostre Seigneur, je convertiray les très humbles mercis que je connois n’avoir puissance de vous pouvoir rendre, à luy supplier vous donner tant de santé, prospérité et de contentement, que par sa main vous soyent au double rendues les grâces que je reçoy continuellement de la vostre. Mais croyez , Monseigneur, [que] celuy à qui il vous plest monstrer tant de fiance 1

Leur» volontés à l'encontre du Roy Qui est de Dieu le Christ, et je le croy.

Du fils de Dieu vray Christ je suis figure ,

Duquel Roy est vraye pourtraicture.

Bien que n’ayons au Christ nulle semblance Quant aux vertus de sa grande puissance t Le Roy et moy semblables à lui sommes En ce qu’il veult de nous qu’il connoist hommes.

Je me tairay de racompter ma vie ,

Et parleray de François , le vray Christ.

Voyez un autre rapprochement entre François 1 er et Jésus-Christ dans une lettre de janvier i544-

1 François I", par lettres du 2 janvier i54a, établit Henri d’AJbrct sou lieutenant général dans les provinces de Guyenne, Poitou, Lan-

est en si merveilleuse crainte qu’il y ait faulte en vostre service, que, sans la seuretéque ce seur messaigier et moy luy avons baillée , que pour eslongner ce pays vous n’oublierez à y donner bonne ordre et luy ' bailler compaignie pour le conseiller et soubslaiger aux affaires qui pourront survenir, coume vous feriez à vostre propre filz, il avoit grant envie de vous dire que la charge qu’il vous plest luy bailler en Guyenne est aussy grande qu’il en peult porter, principalement veu que l’Empereur fait courir le bruist de ne bouger de ce cousté de tout le mois de mars. Je vous supplie. Monseigneur, au lieu où est le chef de vos ennemis et de toute malice, vouloir acompaigner vostre fidèle servicteur si bien que à vostre honneur et proufist vous ayez occasion de vous contenter de luy. Et quant à la distribucion de vos deniers, ma presence ne sauroit ajouster au grant soing qu’il en aura; car je le voy en toutes chouses, tant soient elles petites, de si près regardant à vos affaires, que je suis seure que sans estresme et bien congnue nécessité, il ne mettra ung seul escu qu’il n’en reçoive de vous nouveau coumandement, coume luy et moy avons prié ce porteur de vous dire, auquel il vousplera donner audience et le nous vouloir renvoyer.

gaedoc et Provence , et le charge de défendre ces provinces contre ses ennemis. Le roi de Navarre ne conserva le gouvernement de Languedoc que jusqu’au i5 décembre x 544- (Dom Vaissittk, Hist. de Languedoc, t. Y, p. 1 53.)

' Luy , au roi de Navarre.

DE Là REINE DE NAVARRE.

Et quant à l’estât où je suis, maintenant que j’approche la fin du quatriesme mois je me trouve si mal, qu’il y a trois jours que j’ay attendu une heure de santé pour vous pouvoir escriprecete lectre; et si je vous ousoys aussy bien escripre ce que je sens et ce que je pense, comme j’espère, mais que sous la main quelqu’une ait senty mon enfant , je vous dirois que despuis huit jours principalement et longtemps par avant , j’ay souvent senty ce que je soulois juger estre enfant, et grossis tous les jours. Mais je vous supplie ne le croire que par aultre n’en soyez seur, pour la grant peur que de j’ay vous dire chouse qui ne soit véritable. Nostre Seigneur m’en veuille donner ce qui vous en sera agréable et utile, car c’est la fin pour quoy le desire

Yostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.

[Ms. n” 75.]

• n .... Quant c’est venu sur le terme des trois mois , lequel j’auray passé le quatriesme de janvier.... » (T. I, lettre 1 43, P- 373.)

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