‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 114 sur 154 · LETTRE CXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CXIX

AU ROI

( ?Du Béarn, fin de février 1542.)

Monseigneur, pour ce que je say ce porteur tel envers vous que je m’y puis fier, je le vous envoyé pour vous rendre conte de moy et de tout ce qui me semble digne de vous estre dit; vous suppliant. Monseigneur, le daigner ouyr et croyre, car il vous dira vérité de plusieurs chouses dont je crains par lectre vous ennuyer, saichant bien les affaires que vous avez, qui ne sont pour estre faschés de petites chouses. A quoy, aultant que Dieu m’a donné de pouvoir et de savoir, je desire vous fere service, coume le seul point où j’ay l’euil fiché ferme.

Il y a quelques propous, entre aultres d’ung pouvre houme, lequel pour vous et vostre contentement est besoing que vous tenez secret. Et si vous trouvez bon ce qu’il vous dira et qu’il vous plese vous en fier en moy, j’espère en celuy qui le m’a mis entre les mains vous en faire ung bon service, et n’y peult avoir faulte que contre moy, que j’oublieray voulontiers pour faire chose dont vous soyez servy. Mais s’il est seu en nulle fasson, je prens ce moyen, que, j’espère, sera à propous.

Et quant à mon ventre, il ne fault point de grossir, et ne vous puis celer que je ne sente souvent bouger

chouse qui a vie. Je ne l’ay senty soubs la main que ung matin ; ny jamais je ne le sens bien fort au repous ; mais quant j’ay faim et que je me proumeine trop, il ne fault point. Il est vray que les maux que j’ay eus tous les mois avecques fieuvre le me rendent si feible que je suis quelquefois huit jours sans le sentir et à l’heure desespérée de l’estre 1 ; coume j’ay esté à cete fin de feuvrier. Mais despuis quatre jours a bien enforcy son bongement. J’avois deslibéré ne vous en escripre rien que quelque aultre ne l’aist senty soubs la main; mais si cetuy cy fait coume les aultres, je demeurrois trop longtemps. Sy est ce que je mettray peine de le faire sentir à d’aultres. Mais si ne vous puis je dissimuler ce que j’en say; car je n’ay point acoustumé de vous celer riens. Nostre Seigneur veuille que ce soit chouse dont vous puissiez estre aussy bien servy que de bon cueur le supplie vous donner bonne et longue vie en tout contentement

Yostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.

[ Ms. n° 119.]

1 Et alors je désespère d’être enceinte.

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