LETTRE CXX
AO ROI
( ?Du Béarn, — mars 1542 '.)
Monseigneur, arsoir par Saint Estefve , je receus la lectre qu’il vous a pieu m’escripre, et entendu par luy la très bonne santé où vous estes; ce que despuis, par une aultre vostre et ce que Frotté m’a escript m’est confermé ; dont je loue Nostre Seigneur d’aussy bon cueur que je le supplie vous y continuer, comme le seul bien de ce monde où repouze mon contentement. Ledist Saint Estefve s’en est allé devers celuy * à qui vous faites tant de bien et d’honneur de l’amour que vous luy portez et l’estime et fyance qu’il vous plaist avoir de luy, qu’il est bien tenu à n’espargner biens ny vie pour vostre service; ce que je suis seure qu’il ne laissera riens de ce que ung léal et afecsionné servicteur doit faire. Et pour ce. Monseigneur, que vos affaires veulent qu’il ne s’eslongne de la frontière où sa presence pour ce coup n’a point fait de plaisir à vos ennemis, veu la prompte ordre qu’il y a donnée, j’espère m’approcher de luy pour le souslaiger en partie, afin que vous soyez mieux servy. Car main-
■ Lettres i5o et i5i.
3 Le roi de Navarre.
tenaut je n’ay poiut eu de fievre cete fin du sixiesme mois, coume j’avois eu les aultres; et me feray porter en une chaire, dont j’espère , à changer cet air qui est fort mauvais, m’en trouver mieux. Et combien que je soye fort grosse, je ne suis guères empeschée.
Monseigneur, ung qui est vostre espie, que l’on noumoit Verdelet, est arivé, ainsin que j’avois coummencé cete lectre. Et pour ce qu’il n’a trouvé le roy de Navarre, m’a dist toutes les nouvelles qu’il savoit, lesquelles vous envoie de ma main. Je luy ay baillé ce qu’il m’a demandé, et le renvoie dès aujourd’huy pour nous venir dire quelles forces l’Empereur laisse en Espaigne. Il m’a proumis d’estre bientost de retour, et moy à luy que, s’il vous servoit léalement, que je ferois tant envers vous, que vous luy donneriez pour repouser sa vieillesse. 11 est demeurant près de la ville de Foix. J’ay escript au trésorier du roy de Navarre bailler à sa femme qui est preste d’accoucher, argent et ce dont elle aura besoing. Quand il a veu cela, le pouvre houme m’a juré qu’il mourra ou vous fera service. Je vous supplie, Monseigneur, qu’il vous plaise nous hounorer tant que nous saichons coume se portent vos affaires. Ce que j’en dis, c’est que le lieu où nous soumes pour vous requiert bien que les ennemis ne nous puissent riens apprendre, coume ils ont fait de choses d’importance, que nous avons après entendues par vous. Et croyez que ce qu’il fauldra taire ou dissimuler le sera , et aurons de quoy respondre aux aultres ou en feinte, ou en vérité; car quoy que ce n. 14
soit ne desire que d’avoir le moyen selon le vouloir
de vous fere service
Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.