LETTRE CXX
( Nérac, — ? avril — 1542.)
Monseigneur, je voulois despesclier la poste quand ce porteur, vostre conseiller h Toulouze, est arrivé, qui s’en va devers [vous] pour quelque conseillerie des quinze nouveaux, et pour ung houme que je congnois bien estimé, houme de bien et savant. Et pour ce, Monseigneur, que de longtemps j’ay eu fiance en luy et say qu’il vous est léal, je luy ay tenu ung propos de nostre prisonnier, que je ne vous ay ousé escripre, car il est long, et vous supplie le tenir secret, veu que j’en parle par souspeçon et conjecture ’. Mais je n’ay
* 11 sera encore question de ce prisonnier mystérieux dont Marguerite parle avec tant de retenue. C’est une suite de l'affaire de l’évêque de Condom. (Voyez t. I, lettres i4g, i5o et i5i.) La reine de Navarre, qui avait poussé vivement cette affaire, n’était pas sans inquiétude sur le ressentiment de l’évêque et des siens. Elle écrit de Nérac , à la date du 39 décembre i54i : « Vous n’avez jamais veu la n braverie qu’ont faict ses parens ! et par quelques avertissemens que n j’ay eus que Ion use fort de poysons de ce cosle' là, j’ay prié le roy n de Navarre que l’on eslongnast de ceste ville ceulx qui estoient au- 0 dict évesque. » (T. I, p. 372 .) Cette précaution fut insuffisante,
parent ny amy qui me seult garder de vous advertir, non seulement de ce que je say, mais de ce que je doubte, pour nous en conduire par vostre coumandement et prudent advis. Il vous plera l’ouïr.
( Sans signature. )
[Ms. n° 82 Ai*.]