LETTRE CXXII
Aü ROI.
(Nérac, — ?mai — • 1542.)
Monseigneur, j’ay receu la lectre qu’il vous a pieu m’escripre, par laquelle il vous plest auctoriser le roy de Navarre et moy de donner grâce, à nostre requeste, au prisonnier. Dont je vous mercierois très humblement, si n’estoit que j’ay tant d’occasions, par les propous que m’a escript Frotté qu’il vous a pieu luy tenir de moy , d’uzer de ce mot de très humble mercy, que je n’y ouse entrer, car ma vie en lieu de ma lectre n’y sauroit sactisfaire. Mais cetecy ne sera que pour vous dire. Monseigneur, que ce prisonnier, pour cuider
car l’homme dont il est ici question fut arrêté pour une tentative d’empoisonnement sur la reine de Navarre. (Voyez la lettre ci-après.) Dans tout ceci , Marguerite était obligée à une grande circonspection, non-seulement à cause du caractère sacré d’Erard de Grossoles, mais peut-être aussi à cause de celui du coupable : — « L’invention que l’on dit que les moynes ont d’empoisonner en ce pays, c’est dedans l’encens. » — (T. I, p. 3y2.) La conteuse du Dtcamtron expiait ses médisances et ses railleries contre les beaux pcres. Il lui en reste encore aujourd’hui la réputation d’hérétique.
cschapper, proumettoit des choses si difficiles, que le royde Navarre ne s’est fié ny en ses proumesses ny en ses larmes. Et sa raison, c’est que puis qu’il a si librement confessé avoir deslibéré de nous empoisonner, qu’il y a chouse plus grande. Et me doubte fort qu’il a quelque intelligence qu’il craint à dire ; mais que Baïf 1 soit par dessa avecques des plus suffisans de vos cours de parlement et le baillif d’Orléans *, l’on luy fera dire vérité. Car c’est ung houme pour tromper et se faire croire aultant que je vis oncques.
Monseigneur, pour ce que le roy de Navarre vous escript de ce qui s’est fait à cete feste de Pasques par nos voisins 3 , ne vous en feray redicte; mais je ne me puis taire que j’ay grant regret que Lascurre 4 , qui est le meschant que vous savez contre vous , et qui vouloit mener la praticque de ma mort et du conte Palatin , n’a esté pris, comme l’esperoit le roy de Navarre
■ « Vous savez comme le Roy a ordonné que MM. de Bayf et Bagie viendraient par dessa avec commission d’informer sur le fait de M. de Condom et aultres choses concernant le proufict du Roy. » ( A Ysernay. T. 1, lettre 1 4< , p- 38o.)
» Jacques Groslot, seigneur de Chambaudouin, conseiller du Roi en son grand conseil, chancelier de la reine de Navarre, chancelier d’Alençon, bailli de robe longue. « Quand le roi François I" bailla à son Cls le duché d’Orléans en apanage, le bailly Groslot fut juge des exempts et cas royaux, a (Lemaire , Hisl. d'Orléans , I, 246 .)
1 Pâques fut cette année là le g avril. Les voisins sont les soldats de l’Empereur.
* Jean, baron de Lescure. En i558, les États s’assemblèrent à Alby, pour tâcher d’arrêter les progrès de l’hérésie. Le baron de Lescure y représenta le seigneur de Mirepoix. (Voyez Vllist. de Languedoc de D. Vaissktte, V, x 47-)
d’ung coslé et M. de Burie de l’aultre; mais Dieu l’a saulvéde la honte qu’il meritoit. Dieu veuille amener à telle fin tous ses ennemys et les vostres , qui ne sont que ung, et vous continuer en la très bonne santé où j’ay seu que vous estes, et en vostre bonne grâce pour très humblement recoumandée [retenir]
[ Ms. n» 120.]