LETTRE CXXIII
AU ROI
Monseigneur, l’honneur qu’il vous a pieu faire à ce vieux servicteur, tesmoigne tant l’estime de sa suffisance et proudhoumie, qu’il n’a besoing d’aultre recoumandacion que de la connoissance que vous avez de luy. Si est ce, Monseigneur, que je porte tant d’alfecsion à ceux que je treuve de sa condicion envers vous , que je n’ay craint de vous supplier avoir l’honneur de luy et des plus gens de [bien de] vostre court pour recommandé. Et s’il vous plest luy coummander vous dire la pure vérité de toutes chouses, coume elles sont passées, à vous seul il en rendra bon conte. Et combien , Monseigneur , qu’il soit des plus sevères en justice, et que je veuille soustenir ces semblables a moy et à tous aultres , je suis seure que s’il a de
vous esprès coummandement de dire ce qu’il a vcu et seu, vous Irouverez que les plaintes que je vous ai faites d’une pouvre famé avortée de son enfant par la gehenne * est véritable, et plusieurs aultres choses dignes d’estre entendues de vostre bonté seule, par laquelle se peult donner repos à vos subjets, sans riens diminuer de la justice très necessaire; pour laquelle conduire selon vostre intencion ne faudray à vous en advertir. Car estant encores au lit où il vous a pieu me lesser et en l’estât ’, ne lessera de regarder à tout ce qui touche vostre service, et prier Nostre Seigneur sans cesser vous donner bonne, heureuse et longue vie, et faire ùng enfant à la Roine qui tiengne de l’air d’Angoulmois 3 ,
Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.
[Ms. n“ 76.]
1 Apparemment ce fait se rattache aux rigueurs déployées celte année et l’année suivante contre les hérétiques, et qui furent extrêmes , grâce au zèle du cardinal de Tournon , secondé par les parlements.
* Enceinte.
3 C’est-à-dire un air de famille. Marguerite et son frère étaient nés en Anjou : le Roi à Cognac, et sa sœur à Angoulême.