‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 120 sur 154 · LETTRE CXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CXXV

( Du Béarn, automne de 1512.)

Monseigneur, ce porteur, après avoir aussy saigement conduicte sa compaignie que nul aultre capitaine, voyant le lieu où vous estes et le peu de service qu’il vous peult faire icy pour cet hyver, m’a tant priée de luy faire avoir son congié, que le roy de Navarre et son père le m’ont accordé, estans seurs que pour son absence n’y aura nulle faulte à vostre service. Et pour ce, Monseigneur, qu’il vous dira le regret de celuy qui soubs vostre auctorité luy a donné son congié, et den’estre près de vous, et changer l’honneur que vous luy faites, à celuy du maindre de vos capitaines, je ne vous en feray redite, et laisseray à luy à vous dire ce peu qui se peult mander de dessa.

Pour vous mercier très humblement, Monseigneur, de la bonne lettre que hier je receus par le filz du baillif d’Orléans', qui est non seulement puissante

1 Groslot. Il succéda à son père dans la charge de bailli, le 12 juin

pour me reconforter d’avoir failly à faire ung enfant ’ pour vous servir, mais pour me donner la force d’en fere ung nouveau, tant qu’il plaira à Dieu me donner la connoissance d’estre femme Et ce qui m’a remise et continuée en santé, c’est l’aise que j’ay de savoir la vostreaugmenter au travail , et tous vos affaires de tous coustés aller si très bien et tant à vostre honneur et gloire, veu que chescun connoist clerement que là où vous estes en personne et vostre voulenté suivie, les faultes passées sont si bien rabillées, qu’il semble que vostre presence fait tous les François, non seulement aultres que les ennemis les estimoient, mais tels que vous et les vostres les sauriez desirer. Et entre aultres, les bonnes fortunes que Dieu donne à M. de Cleves, favorisant par son service vos affaires 3 , lequel il vous plest tant avoir pour recommandé que vous nous obligez avecques luy à n’espargner riens pour vostre service. Croyez, Monseigneur, que toutes ces chouses me donnent occasion de grant contentement et de renforcer l’office où je vous puis pour cete heure

i 545, et la perdit quelques années après pour cause de religion. (F. Lemaisi , Hist. d'Orléans.)

1 « Monseigneur, pour ce que j’ay failly à vostre commandement et ne me suis trouvée grosse , je n’ay ousé prendre la hardiesse de vous escripre. » (Au Roy. T. I, lettre i5a, p. 38 1 .)

* Elle avait à cette époque cinquante ans.

3 Les troupes du duc de Clèves, sous les ordres de Martin Van Ros* sem, avaient saccagé le Brabant, menacé Ajivers, qui, sans le prince d’Orange, eût été traitée comme autrefois le furent Milan cl Rome par les Impériaux. Ces succès allumèrent la colère de Charles V, et le duc de Clèves les paya cher.

servir : c’est de supplier Nostre Seigneur, de tout mon

cueur, vous continuer la santé et l’honneur qu’il vous

donne jusques à vostre parfait contentement, lequel

contente

Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.

[Ms. n° 48.]

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