‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 135 sur 154 · LETTRE CXL · texte numérisé non relu

LETTRE CXL

Aü KOI.

Monseigneur, la lectre qu’il vous a pieu m’escripre et la seureté de vostre très bonne santé m’ont donné tant de bien et de contentement, que je n’en puis assez louer Dieu, ny vous, Monseigneur, mercier très humblement. Et quant à la lectre qu’il vous a pieu envoyer au roy de Navarre, il n’a failly d’envoyer devers le prince d’Espaigne 1 les nouvelles de l’Empereur, couine il vous a escript. Et pour ce, Monseigneur, que ce porteur vous est fidèle serviteur, il ne vous celera coume vos affaires vont par dessa et tout ce que j’ay peu entendre. Et ne me desplaist sinon que Dieu ne nous donne quelque moyen de vous fere millieur service; mais j’espère que après tant de guerres et de fascheries que vous avez eues, qu’il vous donnera une ferme paix ‘ et heureux repous pour recompenser les ennuis et les travaulx que vous avez continuellement, lesquelz, pour estre loing de vous, je sens doublement, craingnant toujours vostre santé. Mais ne pouvant en ma vieille foiblesse vous y servir selon mon désir, je me jette aux pieds de la grande bonté qui peult vous donner l’accomplissement de mon de-

■ Philippe , fils de Charles-Quint,

» La paix qu’on négociait en ce temps-là avec l’Angleterre.

sir, que, je suis seure, seroit vostre contentement. Et combien, Monseigneur, que, pour n’estre ingrate, connoissant tous les biens que j’ay venir de vous, je devrois incessamment vous mercier, si ne veux je oublier ce particulier bienfait qu’il vous plest avoir mémoire de vostre cardinal d’Armaignac ', duquel je say que la vie et le bien est tant vostre, que je ne crains de le ramentevoir à la bonne voulenté que vous luy portez, et recommander plus que très humblement à vostre bonne grâce

Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.

[Ms. n" 46.]

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