‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 136 sur 154 · LETTRE CXLII · texte numérisé non relu

LETTRE CXLII

AU ROI

( Avant le mois de juin 1546. )

Monseigneur, vous m’avez fait cet honneur de m’escripre les bonnes nouvelles de la paix entre vous et le roy d’Angleterre, dont très humblement je vous mercie; car je croy. Monseigneur, que vous avez bien senty la joye que j’en aurois, coume d’une chose très necessaire pour vous et tous les vostres. Le roy de Navarre n’a pas failly de le faire entendre à nos voisins, qui n’en seront guères joyeux ,• mais il y en a qui

■ Évêque de Rhodcz, légat d’Avignon. (Voyez la lettre cil, p. et la note p. a54- )

sont vos subjects , que , je me doubte , en seront aussy marris; car ils n’ont plesir que de crier la guerre et dire tant de mensonges et meschancetés, que , sans la connoissance que j’ay de leur malice , j’eusse souvent esté en grant peine. Le pouvre gouverneur de Bayonne en a eu de terribles alarmes! Et luy, qui est aultant homme de bien qu’il en soit point, y adjoustoit si grande foy , qu’il n’estoit pas content quant nous ne le pouvions croire, et disoit qu’il avoit peur que nous faussions mal advertis et que l’on nous fist une surprise. Le roy de Navarre, tant pour le sactifaire que pour donner ordre qu’il n’y eust faulte par laquelle l’on prist occasion de faire entreprise , vous envoyoit ces advertissemens, et ne vous ousoit mander ce qu’il savoit de son costé, pour ne vous empescher d’envoyer ce qui estoit necessaire. Mais jamais n’avons oy dire que l’Empereur voulus t rompre avecques vous , sinon par nostre cousté. Mais ces propous qu’en a fait semer Lascurre , dont aultrefois je vous ay dist les meschancetés *, sont si peu fondés et si sots, qu’il m’a semblé que le roy de Navarre et moy ne vous en devions rompre la teste. Mais M. de Burie, qui à sa venue a recongnu ce langaige et trouvé toute menterie , a esté d’opinion que je vous en devois advertir, estant seur que vous ririez dont ils nous pensent si sots que de croire leurs folies. Et s’il vous en plest avoir le passe tems, j’en envoie ung mémoire au visconte de Lavedan, vous suppliant, Monseigneur, de croire que

■ Lettre cxxu, p. six.

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