‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 68 sur 154 · LETTRE LXX · texte numérisé non relu

LETTRE LXX

AU ROI

( ? Fontainebleau ? 1531 , avant le 29 septembre. ) ( Cette lettre peut se rapporter à la dernière maladie de Louise de Savoie 1 . )

Monseigneur, je ne vous saurois dire l’ennuy et la fascherie qui est en cete compagnie, car tout le bien que en vostre absence avons acoustumé d’avoir, qui est Madame, donne plus d’occasion de peine que de contentement. Car l’on voit bien, quelque dissimulacion qu’elle fasse, qu’elle est si changée, que jamais, pour voyaige que vous ayez fait , ne l’ay trouvée de cete sorte. Et s’il vous plest savoir son passe temps, c’est après digner, qu’elle a donné audience, en lieu de faire ses ouvraiges acoustumés, elle envoyé quérir tous ceux qui ont quelque mal, soit en jambes, bras

* Voyez t. I , lettre 99.

ou tetins, et de sa main les habille et panse, pour esperimenter ung ongnement qu’elle a, qui est fort singulier. Au demeurant, ne voy chose qui ne la rende si triste que je suis contrainte m’en plaindre à vous, et vous supplier qu’elle n’entende point ce que je vous escrips , car elle n’en seroit contente de moy. Mais , Monseigneur, il vous plera pour sa santé et sa consolacion ne la laisser guères en ce lieu sans vous, et quant vostre santé le pourra porter, l’envoyer quérir avecques peu de train. Le surplus pourra demeurer ici avecques messieurs vos enfans , et je les y serviray pour contenter le duc (sic) et le demeurant. Vous asseurant, Monseigneur, que si je voyois qu’elle le peust bien porter jusques au bout, je m’en tairois j mais ce que je connoys me fait vous en escripre comme à celuy à qui ne dois, veux et puis riens celer, pour l’amour et affecsion que vous porte et qu’il vous a plu souffrir tousjours estre privée ,

Vostre très humble et très obéissante subjecte etseur Marguerite.

[ Ms. n° 38. ]

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