AU ROI, A PIZZIGHITONE
( Après le 1 1 avril 1525.)
Maindre ne m’a esté la peine , Monseigneur, de ne vous pouvoir asseurer de la doubte et sentement que vous avez eue de mon ennuy ’ que de seule le porter, comme à moy seule appartient. Mais puisque nostre Seigneur me donne l’occasion de vous escripre, ce m’est si grande consolacion que je vous ouse bien
' Le duc d’Alençon moarut à Lyon, le n avril i5i5.
* Le trépas de son mari. Le duc d’Alençon mourut à Lyon, le 1 1 avril i5a5 , de honte et de désespoir d’avoir causé la perte de la bataille de Pavie, à ce que disent les historiens.
proumeltre que maintenant ayant receu deux lectres de vous , suis remise et revenue en l’estât que vous me commandez. Car vostre parole a tel pouvoir et effet sus mon opinion obstinée , qu’elle convertit le regret du passé en désir estresme de voir l’advenir, espérant que celui qui m’a laissée aller jusques dans l’abisme me donnera la corde pour m’en retirer, qui ne peult estre que vostre desirée deslivrance ; car je ne puis plus recevoir consolacion qui me seult toucher jusques au parfond du cœur que cete-là seule en l’espoir de laquelle vous soustenez la vie de la mère et de la sœur. Vous suppliant croire, Monseigneur, que ce qu’il vous a pieu luy mander par le mareschal * de voustre bonne santé et honneste continuel traitement, luy cousera la sienne, qui sans vous est ce que vous pouvez penser; et se porte très bien. Et ne doubtez, Monseigneur, que passé les deux premiers jours, que la contrainte me faisoit oblier toute raison *, que jamais despuis elle ne m’a veue lerme à l’euil ny visaige triste; car je me tiendrois trop plus que malheureuse , veu que en rien ne vous fois service , que je fusse occasion d’empescher l’esperit de celle qui tant en fait à vous et à tout ce qui est de vous. Mais tout ce que je puis penser pour luy donner récréation, croyez, Monseigneur, que je le foy; car je desire tant de vous voir
■ De Montmorency ; le Roi l’avait fait mettre en liberté, et s’était chargé de payer 10000 écns pour sa rançon. (Voyez Mec imp., t. I, p. ai3 et a58. )
» Tout le monde s’accorde à dire que madame d’Alençon n’aimait pas sou mari, cependant on voit ici qu’elle l’a pleuré.
LETTRES INÉDITES tous deux ensemble contans, que, espérant en Dieu avoir bientost ce bien, ne veult et ne peult à aultre chose penser
Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite.
[Ms. n° 116.]