LETTRE LX.XVIII
AU ROI
( ?Fin d’août — ? 1 530.)
(Le Roi clant au camp de Valence ou dans les environs, à Arles, Tarascon, Beaucaire, Avignon, qu’il parcourut durant ce mois. )
Monseigneur, hier par Ysernay, il vous pleust me mander le lieu où vous estiez, et ce qu’il vous plest que cete compaignie fasse, à quoÿ vous serez obéy. Mais il nous desplaist bien que ce n’est plustoust ; toutesfois nous ferons annuist si bonne diligence, que j’espère que demain nous aurons le bien de vous voir, coume vous dira ce porteur, lequel nous envoyons devers vous, afin d’entendre mieux ce qu’il vous plera nous commander. Vous asseurant. Monseigneur, que, sans la pitié que madame la Daulphine * et madame d’Estampes ont eu de ma vieillesse % je crois qu’ils eussent pris la poste, de peur qu’ils ont de faillir à vous trouver et qu’il surviengne quelque occasion qui vous contraigne les contremander. S’il vous plesoit par Fors, qui reviendra demain à ladignée, feindre qu’il ne vous plest pas que nous passons oultre, vous leurs feriez une terrible alarme ! et sy ne say si vous seriez
' Catherine de Médicis, femme de Henri, devenu dauphin par la mort de François ( îo août i556 ).
‘ Si la lettre est de i536, Marguerite avait quarante-quatre ans.
obfy ; car je croy que vous n’avez capitaine en vostre armée qui de miUrJUr cueur s’y treuve qu’ils feront *. Et quant à moy, Monseigneur, oultre le bien que ce m’est d’aller où vous estes, ce m’est grant heur d’esti'e à cete bande; car je vous asseure qu'il n’y a débat sinon à qui plus desire vous obéir et servir. Et combien que mon esperience soit la plus longue, je voy leur affecsion si grande , que , coume de chose impossible , se sent honorée d’estre vaincue , regardant plus à vous que à soy mesmes
Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite.
( Ms. n° 55. ]