LETTRE XCVI
Aü BOI.
(Fontainebleau, septembre 1537.)
Monseigneur, je ne craindray de vous ennuyer de ce qui ne se peult trop redire, c’est que la Roine continue sa bonne santé, laquelle luy est augmentée à la venue de monseigneur d’Orléans ', en sorte qu’elle fut hier plus de trois heures levée et se trouva plus forte qu’elle ne pensoi t, et nous dist qu’elle esperoi t bien toust partir, mais qu’elle ne diroit point le jour. Par quoy, Monseigneur, la voyant en si bon estât, et tous messieurs et mesdames vos enfans, que l’on ne sauroit les desirer mieux en toutes sortes, tant de leurs personnes que de leurs condicions, ayant demandé mon congié à monseigneur vostre lieutenant général % lequel a si bonne grâce à tout ce qu’il fait, qu’il semble , à voir son audace et sa prudence, qu’il ait quarante ans et que jamais nefist aultre mestier que de commander et se faire aymer et honorer à tout le monde, je n’ay craint par son commandement à reprendre mon voyaige, duquel il m’a voit fait retourner; et luy mesme m’a fait cet honneur de me conseiller partir pour revenir au davant de la Roine à Chastillon ou à Ne ver s 3 , là où je la pourray retrou-
' Charles, dernier fils du Roi.
' Henri, second dauphin.
* Voyez t. I , lettres i44 * 47-
ver : ce que je feray. Monseigneur, en la millieure diligence qu’il me sera possible. Car du lieu où vous m’avez coumandé faire service ne ra’eslongneray que le moins que je pourray. Et vous savez, Monseigneur, tant bien de quel cueur je desire obéir à vos commandements, et quel plesir ce m’est en quoy que ce soit de vous obéir, que je ne vous dois escripre ne présenter ce qui est vostre avant que vous fussiez né ', et qui est et sera encores après ma mort; m’asseurant que s’il y avoit quelque faulte , vous me feriez l’honneur de me faire entendre vostre voulenté, laquelle je veux suivre de si près que vous ne trouverez jamais que nulle aultre que la vostre mesme puisse avoir ny sentir
Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.
[Ms. n 14.]