LETTRE XCVIII
AU ROI
( Fontainebleau, septembre 1 637. }
Monseigneur , jusques icy je n’ay veu chose digne de vous escripre; mais maintenant que je vous puis asseurer du bon amendement de la Roine ‘, qui n’a plus que ung bien peu de fievre et coummence à se fortifier et fere meilleure chere qu’elle n’a encores fait, et aussy que madame la Dauphine * est entièrement guérie , il me semble que je feroys trop mal de craindre à vous escripre sy bonnes nouvelles, par lesquelles nous espérons vous voir plustoust que nous n’ousions penser; à quoy malades et sains feront bonne diligence. Et si toutes celles qui ont l’honneur de vous voir quelques fois après digner et au soir désirent tant l’heur de vous revoir, je vous supplie, Monseigneur, penser combien je le dois desirer, et combien despuis vostre
* Voyez 1. 1, lettre 1 43.
1 Catherine de Médicis.
partement je vous doy trouver «à dire. Croyez , Monseigneur, que c’est tant, que, sans votre coumandement , il m’eust esté plus fort à porter qu’il ne se peult dire, non pour aultre peine que pour celle de perdre le bien de vous voir; car, au demeurant, vous m’avez laissée en une compaignie tant aisée à vivre , que je n’ay encores ouy une seule parole que une seur ne deust dire à l’aultre , et ne me puis plaindre que de la honte que me font la Roine et Mesdames de ne se vouloir servir de moy, mais me fere tant d’honneur et de signe d’amistié que sy j’estoys la mère de toutes , ils ne lie me sauroient traiter en plus grande honnesteté. Et, qui plus me plest, tous les propous qu’ils me tiennent c’est de me parler de vous et m’en fere conter ce qu’ils n’en ont pas veu, et après cela aller prier Dieu pour vous. Vêla, Monseigneur, nostre vie, qui, en parlant de vous , se garde en santé , pour l’esperance de vous voir bientoust ; dont Notre Seigneur nous fasse si heureuses.
Monseigneur, je ne veux oblier de vous dire que quelque femme de céans, fort amie de Flamerans, frère de l’evesque de Condom ', m’a priée n’empescher la résinacion dudist esvesque envers vous, sans me dire aultre chose. Je luy ay respondu que vous l’aviez donnée * à M. le cardinal du Bellay, en quelque sorte qu’elle seust
• L’évêque de Condom , Érard de Grossoles , avait prêché contre le Roi , au sujet de quoi Marguerite lui suscita une grande affaire ; elle voulait le forcer, à ce qu’il paraît, à résigner son évêché. Elle n’y réussit pas, puisqu’on i54i seulement, le Roi le fit passer du siège de Condom à celui de Blois. (Voyez t. I, lettre i4g.)
* L’évêché.
vaquer, et que j’estoys seure que vous tiendriez vostre parole, et que, de moy, je n’y avoisauitre puissance que de très humble supplication que je avoys desja présentée pour luy, coume pour celuy que je connoissois vous ayant fait service , et le plus pouvre cardinal de vostre réaulme, et si affectionné qu’il ne refuse jamais nulle coumission ; qui n’a esté sans grandes despenses; dont j’estois certaine que vous ne l’oublieriez, et que je la priois advertir ledist esvesque qu’il est assez heureux dont l’esvesché luy est demeurée , sans en dispouser à sa voulenté. Je le vous ay bien voulu mander, pour vous fere souvenir de la proumesse par laquelle en faisant bien à ung servicteur, vous mettrez en grant repous
Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.
IMs. n° 71.]