SOURCES DE LA. PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. XX1U
Locke, les principaux traits de sa doctrine des idées innées. Mais écoutez la suite : « Quant aux propositions que nous formons de ces notions ou de ces idées et que nous apprenons de nous-mêmes, il n’est pas nécessaire que nous les ayons sues autrefois , car il s’ensuivrait que la découverte de nouveaux théorèmes nous serait impossible si nous ne les avions sus antérieurement, tandis que l’usage de nouveaux caractères est une marque de la nouveauté des théorèmes (‘). »
Cette seconde partie de la note nous paraît renfermer une critique tout à la fois très-juste et très-neuve du dogme de la réminiscence.
D’abord distinguer entre les notions ou idées qui sont les fondements des jugements que nous portons et les propositions ou notions secondaires qui sont formées de ces idées, c’est la seule manière de faire cesser la querelle entre les partisans et les adversaires des idées innées. Ce qui est inné, en effet, ce n’est pas la science, ce n’est pas telle ou telle proposition d’Euclide, c’est le germe de cette science, ce sont les fondements de cette proposition. Voilà ce que nous avons reçu, voilà ce que nous n’avons pas inventé. Mais s’ensuit-il qu’il faille par un système de réminiscence qui assimile la science au souvenir et qui fait de la raison, véritable principe de ces acquisitions successives de l’esprit, une sorte de
(') Scd propositions quas ex his uoüliis sive idris diicittius discimusque à nobis ipsis, eas necesse non esl nos olim jurn scivisse, seqnerelur eniiu ne nova quidein Ibeoreniala À nobis inveniri posse, qnæ non jam auleù sciveriinns, cùm lamon novorum characteruin usus nova exhibent theoremala. ( Nota Leibnizii manu exara ta,
mémoire qui n’est que le dépôt des données et le magasin de nos trésors, qu’il faille, dis-je, étouffer l'originalité de l’esprit, et dire qu’il est incapable d’inventer, de trouver par lui-même. Leibniz ne le croit pas. L’usage de nouveaux caractères est pour lui la preuve que nous sommes inventeurs. Ce sont, en effet, les signes de nos idées; en se combinant, ils donnent naissance à diverses propositions qui s’y trouvent comme enveloppées (*). L’invention des caractères est donc bien la marque de la nouveauté des théorèmes : allusion évidente au calcul que Leibniz avait découvert , et à son algorithme dont il se servait pour réfuter la réminiscence de Platon. La découverte du calcul infinitésimal, qui analysait les mouvements et les formes et transformait la géométrie, celle de l’algèbre, qui exprime par de nouveaux caractères des rapports de grandeur, et enfin cette caractéristique ou langue générale qu’il méditait alors, dont le principe était que tout repose sur les idées, prouvaient bien que l’esprit de l’homme est inventeur. Les acquisitions de mots nouveaux dont les langues s’enrichissent sont une preuve de plus à opposer tout à la fois aux partisans du dogme de la réminiscence et à ses adversaires déclarés, les tradilionnalistes (*).
(') On peut consulter avec fruit sur ce sujet une dissertation de Leibniz qu’on trouvera dans Erdmann, n° vu. De Connexions inter res et verba.
(’) Les traditionnalistes sont, comme on sait, pour la table rase d'Aristote. Il eût été plus conséquent peut-être, pour ces partisans d’une tradition de laquelle nous avons tout reçu , d’admettre le dogme de la réminiscence. La mémoire [devrait jouer un grand