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SOURCES DE LA PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. XXI

de tous les temps. Ainsi Leibniz, en cela bien différent de Descartes, qui méprisait les anciens, continuait Platon ; mais, agrandi par les découvertes de l’esprit moderne, fortifié par une méthode plus sûre, il donnait, sous forme précise et claire, l'application de l’antique procédé qu’avait suivi son illustre devancier, bien plus par élan et par mouvement instinctif que par une marche raisonnée et une lumière réfléchie. Il trouvait l’instrument qu’avait manié Platon sans le connaître. Il donnait l’algorithme du merveilleux calcul dont il s’était servi par instinct.

Mais Leibniz est un esprit critique en môme temps qu'un grand philosophe. Les courtes remarques qu’il a faites sur le Phédon et sur le Théétèle le prouvent ('). J’en veux extraire une du Phédon, qui contient en quelques lignes une réfutation sommaire de la doctrine de la réminiscence, ce dogme si cher aux pythagoriciens qui l’alliaient à la métempsycose, et qui était passé de Pythagore à Platon. Il n’est pas sans intérêt de voir ce qu’en pensait Leibniz en présence de la prétention d’une secte moderne qui cherche à relever cette doctrine en s’appuyant sur [lui. M. Jean Reynaud paraît croire que Leibniz était favorable à la métempsycose, et

(>) Ces notes sont de trois sortes : les unes ont pour objet d’indiquer les sources où il a puisé, ou de donner des indications biographiques sur les personnages des dialogues; d’autres indiquent les endroits où il est embarrassé, ceux qu'il ne comprend pas; car Leibniz ne croyait pas tout comprendre dans Platon, et il le trouvait difficile. Une troisième catégorie renferme ces remarques plus purement philosophiques dont nous voulons donner un échantillon.

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par conséquent aussi à la réminiscence ('). 11 est bien évident, en effet, que pour se ressouvenir d’une vie antérieure il faut l’avoir vécue dans un corps, dans un temps et sous une forme différente de celle que nous avons depuis revêtue. La réminiscence suppose donc toujours la préexistence de l’être dans le passé et sa métempsycose. Si telle est l’opinion de Leibniz, il faut avouer que jamais plus belle occasion ne s’est rencontrée de l’exprimer. Socrate, dans une partie du dialogue, expose ce dogme et reçoit les éloges de Simmias, qui le félicite de s’en être tiré à merveille. Le résumé de sa discussion se trouve dans ces trois mots , courts et énergiques , qui expriment bien la rapidité même de l’opération de l’esprit qu’il suppose : On a vu, on oublie et on se ressouvient. Ainsi il est évident que nous avons la science infuse avant de naître. Sans doute, si Platon entendait par là que nous apportons en naissant certains germes de science qui se développent comme le feu caché dans le caillou, Leibniz se trouverait d’accord avec lui. Aussi la note qu’il consacre à la critique de la réminiscence platonicienne commence par reconnaître ce qu’il y a d’exact dans Platon. « Il y a de solides vérités dans ce qui précède, ditil; il est évident qu’il y a en nous certaines perceptions du même, de l’égalité, etc., qui ne viennent pas des sens (a). » Voilà la part de vérité que renferment le Platonisme et la théorie des idées ; voilà aussi dans Leibniz, dèsl676, c’est-à-dire vingt-huit ans avant ses nouveaux Essais sur

(') L’auteur de Ciel et Terre, passim.

(*) Pars hactenùs dictorum solida est : ejusdern, xqualis, etc., esse quasdam in uobis perceptiones à sensibus non acceptas certum est. Page 60.

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