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SOURCES DE LA. PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. XXXI

La vie de Leibniz a justement préoccupé les historiens de la philosophie, et pouvait être une source d'informations utiles à la connaissance de son système ; mais cette vie est surtout l’histoire de sa pensée , et cette histoire ne pouvait être écrite que par lui-même. On trouvera dans ce recueil trois nouvelles pièces émanées de lui qui contiennent sur sa personne et sur sa jeunesse des détails caractéristiques. Le premier de ces écrits , intitulé V ila Leibnizii, à se ipso breviler dclineata, est un fragment d’autobiographie retrouvé dans la bibliothèque de Hannover, et très-propre à nous faire démêler, dans Leibniz encore jeune, les principaux traits de l'homme et du philosophe (*).

Pour ainsi dire oublié dans la bibliothèque de son père, il y était tombé sur Tite-Live, et par un de ces prodiges qui rappellent Pascal, il était parvenu à le comprendre dans le texte latin sans en savoir la langue. Là-dessus, grande fureur du pédant ^ui veillait sur lui, et qui , mesurant tous les esprits à une même aune , ne pouvait pas admettre qu’un enfant lût Tite-Live. Il vint trouver les parents, s’écria que c’était un brouillon, que Tite-Live était fait pour lui comme un cothurne pour un pygmée; qu’il fallait le remettre aux éléments et au petit catéchisme. « Par bonheur, dit Leibniz, un de nos voi-

{') Il faut y joindre cet étonnant portrait qu’il a tracé de luimême avec une précision et une sincérité toutes philosophiques. Il semble vouloir épargner au peintre et à l’historien le soin de rechercher les traits de sa figure ou ceux de son esprit. App., p. 388.

XXXII INTRODUCTION

sins, noble et instruit, étoit présent à cette scène, et prit ma défense. Il se récria contre le zèle du pédant, et m’ouvrit même sa bibliothèque. Mon cœur, à cette nouvelle, battit comme si j’avois trouvé un trésor. J’allois donc voir ces grands hommes de l’antiquité, que je ne connaissois que de nom, et que j’avois tant désiré de voir : Cicéron, Quintilien, Sénèque, Pline, Hérodote, Xénophon, Platon et les Pères de l’Eglise grecque et latine ! Avec quel amour je les ouvrais au hasard! Comme je prenois goût à cette admirable variété des choses (') ! » En entendant Leibniz reconnaître que cette première vue de l’antiquité profane et sacrée fut pour lui comme une révélation , on sera moins disposé peut-être à retrancher des études cette famille de grands esprits qui furent les objets de la vénération et de l’amour de tous les grands hommes. Je sais qu’il ne manque pas de gens qui nous envient ces trésors, qui voudraient condamner au feu tous ces livres, et nous ramener à la sainte barbarie d’une pieuse ignorance. Ils oublient que, pour devenir un ancien, il faut avoir un don qu’on ne saurait perdre, celui de l’immortalité. Je sais encore que l’on maudit les beaux génies de la renaissance qui ont transfiguré l’antiquité à nos yeux ; qu’on lesappelle des corrupteurs de la jeunesse, des païens, et qu’on prétend s’en passer. Ceux qui parlent ainsi ont raison, s’ils veulent énerver l’esprithumain en le privant d’une partie de ses forces. Mais leur prétention n’est pas nouvelle. Déjà, du temps de Leibniz, il était de mode de rejeter les anciens. Ces hommes, presque divins, qui mènent le chœur des (*)

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