‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 16 sur 108 · SOURCES DE LA PHILO&QPHIE DE LEIBNIZ. XXXV · texte numérisé non relu

SOURCES DE LA PHILO&QPHIE DE LEIBNIZ. XXXV

« esprit ailleurs et me mis à voyager. Je ue pouvois « souffrir cette maxime bourgeoise qui nous cloue, pour a ainsi dire, au lieu de la naissance. Mon âme ardente « ne respiroil que pour la gloire des lettres, la connois- « sauce des pays étrangers et celle des sciences. C’est '< vers cette époque que parut ma dissertation de l’art « combinatoire, que Kircher et Bayle approuvèrent. « L’année suivante, je pris le grade de docteur à Nurem- « berg, avec l’applaudissement générai. On me fit rougir « par les éloges qu’on me décerna dans cette circon- « stance. Dilher, métropolitain de cette ville, vint m’of- « frir, au nom du Conseil, une place de professeur. « J’avois bien d’autres desseins en tête(’)! »

Ces projets, qu’il commence à expliquer à la page suivante, ne nous sont pas tous connus ; le manuscrit s’arrête tout à coup, et nous sommes réduits aux conjectures sur l’époque qui suivit sa vingtième année. Toutefois, si l’on réunit les principaux traits de la jeunesse de Leibniz, racontée par lui, la vivacité et l’étendue de l’imagination qui lui faisaient changer si souvent les objets de ses études, cette âme ardente qui ne respirait que pour la gloire des lettres et des sciences , cet esprit pénétrant et inventif, cette sagacité profonde qui dénotait en lui le philosophe, enfin ce monde en raccourci dans une seule âme, on est ébloui de ces lueurs si vives concentrées dans ce miroir exact et vivant de l’univers : et l’on croit voir scintiller dans l’espace ce signe du Microcosme , ou du Monde en petit, symbole transparent des monades, qui luisait aux yeux étonnés

(■) P. 584. sq.

de Goethe dans la nuit profonde et provoquait le Faust ('). Mais on voit aussi le principal défaut de ce génie impatient de la règle et qui ne saura point se contenir ; il y avait quelque chose d’excessif et de gigantesque dans son esprit. Comme ces conquérants, pressés d’étendre leur empire et de gagner de nouvelles provinces, Leibniz aspirait déjà à reculer les frontières de toutes les sciences, et se montrait impatient de celles que Descartes avait tracées.

J’aperçois la trace d’une hardiesse et d’une indépendance de pensée peu commune dans l’un des documents que nous publions. Pour que Leibniz à vingt-quatre ans ait médité le projet dont il entretient l’un de ses correspondants, de réformer la politique, la morale et la jurisprudence, il fallait en effet une confiance absolue dans les forces de la raison. Il était beau sans doute pour un philosophe d’entreprendre de soumettre les sciences sociales et politiques à la philosophie, de chercher à étendre de plus en plus le gouvernement de la raison parmi les hommes, et à extirper de son pays les restes d’une barbarie qui s’était continuée dans les lois, dans les coutumes et jusque dans l’enseignement. Mais comment aussi ne pas être frappé de ce je ne sais quoi de

(') Voir ce magnifique préambule du premier Faust, où il évoque tour à tour le signe de Microcosme, et celui de t’Esprit de la terre, symboles transparents des deux philosophies qui ont le plus agi sur les destinées de l’Allemagne : l’une, celle de Leibniz, pour provoquer, l'autre, celle de Spinosa, pour arrêter son action.

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