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SOURCES DE LÀ PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. XXXVII

gigantesque, qui lui faisait à vingt-quatre ans, avant même qu’il eût pu prétendre à la gloire plus solide des découvertes, agiter la réforme de son pays, réforme immense, si l’on considère la variété des objets qu’elle embrassait et le nombre des obstacles qu’il fallait surmonter pour l’accomplir ?

La réforme du droit fut la première qu’il tenta. Leibniz, bien que très-jeune, s’y était préparé par de fortes études : l’autobiographie nous le montre fréquentant le palais, et compulsant les dossiers de la procédure allemande.

« J’avois, nous dit-il, un ami, provincial de Leipzig, et « conseiller assesseur. Ilmemenoit avecluiàlacouretme « donnoit ses actes àlire. Jepénétrois déjà dans lesprofon- « deurs du droit. J’aimois le métier de juge, et n’avois « que du mépris pour les arguties des avocats ('). » Il devintenpeude temps un jurisconsulte éminent, etdont les lumières étaient si grandes que la cour de Brunswick voulut se l’attacher par la charge de conseiller aulique, et que plus tard l’édit flatteur qui l'instituoit président à vie de la Société des sciences de Berlin insistoit surtout sur les services éminents du jurisconsulte (*) : exemple assurément fort rare d’un réformateur versé dans la science du droit, et honoré par le choix de deux souverains !

(') Il voulait réduire ces argumentations vaines et contentieuses à un simple calcul des raisons : de sorte qu’on pourrait dire à son adversaire : a Mets toi là et comptons. »

(*) « Etant instruit du mérite et des éminentes qualités du conseiller privé de la cour électorale de Brunswick, Godefroy, Guillaume de Leibniz, tant par ses ouvrages que par le rapport qu’on nous a

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tNTBOMICTlON.

Mais cette partie pratique de sa réforme dépendait elle-même de principes philosophiques plus élevés. Ceux de Leibniz, encore jeune, h’étaient pas suffisamment arrêtés pour lui permettre de s’engager sans danger dans ces voies périlleuses (‘). La première alliance qu’il contracta fut une faute, et l’histoire de ses réformes devient aussi celle de ses erreurs. Sur ce terrain, Leibniz rencontra deux hommes qui s'occupaient tous deux de droit naturel : Hobbes et Puffendorf. Par une fatale erreur, le premier, que Descartes avait méprisé, ne lui parut pas indigne de lui. Nous publions deux lettres qu’il lui écrivit, et l’on s’étonnera sans doute de trouver en tête de la première cet éloge excessif : Uobbesio philosopho in paucis magno (*). Cet étonnement redoublera quand, à la page suivante, on le verra le comparer à Descartes, et ne le trouver inférieur ni en clarté ni en exactitude (a). Ce qu’il dit de son livre De Cive n’est pas moins hyperbolique : « Il y a longtemps , lui

fait de son savoir dans la jurisprudence, particulièrement en droit public et en droit des gens, etc. »

p) C’était en 1670, à vingt-quatre ans, et six ans avant qu’il eût traduit Platon. Cette date est importante pour l'histoire de sa pensée.

(*) P. 191. C. f. Leibniz. De Arte combinatoriâ. Ed. Erdmann, p. 25. « Profundissimus principiorum in omnibus rebus scrutator

Th. Hobbes, s

(*) Cr. à ce sujet, à la page 38, un texte très curieux de ses remarques à la Vie de Descaries que nous publions : « M. Descartes « avoit qnelqm? jalousie de la réputation deM. Hobbes, qu’il consi- * déroit comme un concourant (concurrent) dans la fondation < d’une nouvelle philosophie, etc. b

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