‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 18 sur 108 · SOURCES SE LA PH1LOS0MUB SE LEIBNIZ. XXXIX · texte numérisé non relu

SOURCES SE LA PH1LOS0MUB SE LEIBNIZ. XXXIX

« écrit* il, que j’ai feuilleté vos écrits, dignes de ce « siècle, dignes de vous, qui le premier ave* éclairé les « sciences politiques par cette exacte méthode dont les « anciens paraissent avoir eu l'intuition. Mais dans vo- « tre livre De Cire, vous vous êtes surpassé vous-même « par la force des raisons et par le poids des preuves « que vous apportez... Pour moi, qui ne m’effraye point « des paradoxes, et qui ne me laisse pas séduire par le « charme de la nouveauté , je veux creuser jusqu’aux « racines votre doctrine la plus profonde , et commcn- « eer avec vous par la contemplation de la nature hu- « maine (*). »

En lisant ces lettres remplies des témoignages d’une estime qui va jusqu’à l’admiration, on se demande si c’est bien Leibniz qui les a écrites. Entre ces deux philosophes, en effet, tout diffère. Hobbes cherche l’absolu dans les institutions humaines, il fait des sociétés une invention des hommes et recourt à la force et au despotisme pour y maintenir la paix et la sécurité. Leibniz proteste contre cet absolutisme des gouvernements humains, et s’élève à l’idée d’un droit naturel qui nous régit non-seulement comme membres d’un Etat ou même de la société humaine, mais aussi comme citoyens de l’univers. Hobbes ne reconnaît que le droit strict né du besoin de conservation ; Leibniz en fait la condition négative de la paix et du bonheur. La violence, I étal de guerre et la haine paraissent être la condition des hommes suivant le philosophe anglais, -l'état de paixet de bienveillance universelles, la philanthropie, sont l’idéal ou

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le rêve de son contradicteur. Au-dessus de ce droit strict, dont Hobbes se montre jaloux d’étendre les prescriptions sévères , il met l’équité, qu’il dérive de l’amour, toujours ingénieux à créer et à faire naître de nouveaux progrès de la félicité. Hobbes, enfin, par un présomptueux oubli de la Providence, prétend se passer des dogmes les plus simples de la théologie naturelle, de ceux de l’existence de Dieu et de la croyance à la vie future. Dieu est la source, au contraire, d’où Leibniz fait découler la science du droit en ses trois parties : la jurisprudence, la politique et la morale. Cette idée fait le centre de sa philosophie ; il la développe déjà à vingt ans dans son art combinatoire, puis dans sa nouvelle méthode d’enseigner la jurisprudence. Il la reprendra plus tard dans son ouvrage anonyme, De Jure suprematus, et surtout dans la préface de son Codex diplomaticus. Elle reparaît enfin partout dans sa Monadologie , dans sa Théodicée.

Mais alors comment expliquer ces éloges excessifs prodigués au philosophe anglais? Le voici : ces éloges n’étaient que partiels et s’appliquaient surtout à la méthode qu’il avait suivie. Hobbes avait entrepris de soumettre la jurisprudence à la raison , et Leibniz le louait d’avoir essayé ce que lui-même méditait alors. « Pour moi, lui écrit-il, qui crois comprendre à fond « vos doctrines, j’en ai tiré de grandes lumières pour « poursuivre l’œuvre que j’entreprends avec un ami : à « savoir, celle d’une jurisprudence fondée sur la raison, « jurisprudenliœ rationalis (*). » Il admirait surtout cette

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