‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 27 sur 108 · LXXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXVI INTRODUCTION

est plus facile à observer, la méthode exige qu’on ait d’abord expliqué l’un avant d’aborder l’autre (*).

Entrons de plus en plus dans l'intimité de cette idée suivant laquelle la génération est un développement et la mort un enveloppement. Si la mort n’est que la série des décroissements (décrémenta) correspondants à la série des accroissements à partir de la naissance ; s’il y a un

(') Cette vue revient souvent dans les lettres à Arnauld. Il lui écrit d’abord : « La génération n'étant apparemment qu’un changement consistant dans l’accroissement, la mort ne sera qu’un changement de diminution. • Cette induction est précisée dans une lettre plus importante encore. C’est après avoir cité l’opinion de I.euwenhœcke et de Swammerdam qui lui est favorable : « Il est vrny, njoute-t-il, que je ne remarque pas qu’ils ayent poussé leur opinion jusqu’à dire que la corruption et la mortelle-même est aussi une transformation à l'égard des vivants destitués d’àme raisonnable, comme je le tiens; mais je crois que s’ils s’étoient avisés de ce sentiment, ils ne l’auroient pas trouvé absurde, et il n’est rien de si naturel que de croire que ce qui ne commence point ne périt pas non plus. Et quand on reconnaît que toutes les générations * ne sont que des augmentations et développements d'un animal déjà formé, on se persuadera aisément que la corruption et la mort n’est autre chose que la diminution et enveloppement d’un animal qui ne laisse pas de subsister et de demeurer vivant et organisé. » C’est presque mot pour mot la thèse de la Monadologie. « J’ai donc jugé que si l’animal ne commence jamais naturellement, il ne Gnit pas naturellement non plus, et que non-seulement il n’y aura point de génération, mais encore poinlide destruction entière, ni mort prise à la rigueur. » — « Ainsi on peut dire que non-seulement l’àme est indestructible, mais encore l’animal même, quoique sa machine périsse souvent en partie et quitte ou prenne des dépouilles organiques. »

• La nutrition peut être comprise dans celte catégorie si large de toute! les générations.

ORIGINES Dü 9TSTÈME. LXXXVII

lendemain pour la mort comme il y a une veille pour la naissance; si la mort, enfin, n’est pas plu9 l'extrémité de la vie que la génération n’en est le commencement absolu, les deux extrémités se trouvent en dehors de la naissance et de la mort, et sont les deux limites vers lesquelles elles tendent, sans les pouvoir jamais atteindre. C’est la région des formes ingénérables et indestructibles. Mais comme le jeu de la vie animale résulte, ainsi que nous l’avons vu, d’une somme de petites perceptions, la mort serait donc une diminution de ces petites perceptions, et, dans l’ordre physique, elle serait, suivant une idée chère à Leibniz, un enveloppement des formes dans la région des perceptions sourdes. C’est ce qu’exprime admirablement ce texte de la correspondance : « La mort ne sera qu’un changement de diminution qui fait rentrer cet animal dans l’enfoncement d’un monde de petites créatures où il y a des perceptions plus bornées, jusqu’à ce que l’ordre l’appelle peut-être à retourner sur le théâtre. »

Des analogies nombreuses sont invoquées par Leibniz pour appuyer ses vues sur la mort. « Le sommeil, écrit-il à Arnauld , qui est une image de la mort , les extases , l’ensevelissement d’un ver à soie dans sa coque, qui peut passer pour une mort, la ressuscitation des mouches noyées, celle des hirondelles qui prennent leurs quartiers d’hiver dans les roseaux et qu’on trouve sans apparence de vie , enfin, les expériences sur l’asphyxie, toutes ces choses peuvent confirmer mon sentiment que ces eslats différents ne diffèrent que du plus ou du moins.» On ne pouvait choisir des analogies plus profondes. Par le 6ommeil, en effet, êtres raisonnables et libres, nous

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