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SOURCES DE LA. PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. IX

le plus agi sur leur temps et le plus étendu leur influence ne sont pas toujours celles que la froide logique peut fort bien accomplir toute seule, mais ces narrations vives et animées où l’auteur s’est mis lui-même avec ses principes, où il s’est peint en quelques traits nets et fermes. Quelques pages du discours de la Méthode nous font connaître Descartes tout entier. Les Confessions de saint Augustin, dans un autre ordre, nous montrent une âme jusqu’alors captive, brisant ses liens et remontant à la lumière. C’est ce double intérêt qui manquait jusqu’ici à la philosophie de Leibniz. On n’avait ni des Confessions où il ait raconté sa vie, ni un Discours de la Méthode où il ait indiqué la voie qu’il a suivie pour atteindre le vrai. Ce nouveau volume d’inédits a pour but de combler cette lacune. C’est un commencement de retour à ces sources si utiles et malheureusement si peu connues. La rareté ajoutera sans doute quelque prix aux moindres écrits de la jeunesse de Leibniz.

De tous les manuscrits que nous publions , les deux plus considérables se rapportent à une période qui était jusqu’ici la plus pauvre et la moins connue. Ils jettent, en effet, un jour inattendu sur une difficile question de l’histoire de la philosophie, et servent à prouver que Leibniz s’est inspiré de Platon, et qu’il y a des rapports entre leurs systèmes. Trouvés à Hanovre parmi ses autographes, et tout entiers écrits de sa main, ils sont d’une authenticité incontestable. Ce sont deux

dialogues de Platon, traduits, abrégés et annotés par lui.

On savait bien qu’il avait dû lire les écrits de ce philosophe. Celui qui écrivait à Montraort : « Je trouve « naturel, Monsieur, que vous ayez goûté quelque chose « de mes pensées, après avoir pénétré dans celles de « Platon, auteur qui me revient beaucoup et qui mérite- « rait d’être mis en système, » celui qui encourageait l’abbé Foucher à le traduire ne pouvait être étranger à cette philosophie ; mais on ignorait qu’il eût mis la main à cette renaissance du Platonisme, qu’il se fût imbu de la philosophie grecque avant de chercher à renverser celle de Descartes,

Le Théétète et le Phédon, qu’il a traduits, ne laissent plus de doute sur ses intentions; le choix même de ces deux dialogues était significatif. Leibniz n’admettait pas que Descartes eût donné la véritable démonstration de l’immortalité de l’âme , il allait même jusqu’à dire que celle qu’il avait laissée n’était qu’un leurre pour les simples, et il interprétait le Phédon , c’est-à-dire le Dialogue sur l’immortalité de l’àme, et le plaidoyer le plus énergique qui se soit jamais élevé en sa faveur. Leibniz voyait sortir de la philosophie cartésienne, à mon avis mal comprise, une sophistique et un sensualisme nouveaux qui menaçaient la cause de la bonne et saine philosophie, et il traduisait le Théétète, c’est-à-dire l’un des dialogues où Socrate a lutté avec le plus de vigueur contre les sophistes aux mains desquels il veut arracher la jeunesse, et celui même où il agite la question de savoir si la science n’est que la sensation, comme l’entendait Locke, ce successeur de Protagoras.

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