‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 34 sur 108 · CXXXV1II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXXXV1II INTRODUCTION

sophique des sciences, méthode adoptée par les géomètres, qui profitent journellement des simplifications qui en résultent dans le calcul , appliquée par les physiciens à tous les problèmes physico-mathématiques, par les astronomes h la science du ciel, employée avec succès dans les sciences naturelles, méritait mieux peut-être que le silence des philosophes, puisque c’est un grand fait scientifique. Et quand on voit Leibniz rattacher de plus en plus toute sa philosophie à cette seule loi, et Kant luimême en admirer la grandeur et l'universalité , je le demande, cette méthode , qui suit la nature, qui entre dans ses voies, qui lui dérobe ses secrets, qui démontre sa rigueur, non-seulement en géométrie, mais en physique, qui développe tout ce à quoi elle s’applique, même les sciences naturelles et la psychologie, a-t-elle rien de commun avec cette méthode subjective, purement rationnelle, et déductive à priori qui serait la méthode de Leibniz, suivant l’auteur de la Critique de la raison pure ? Assurément, il est singulier de penser qu’un des hommes qui ont le plus profondément scruté la nature et donné aux sciences naturelles une méthode soit accusé de rationalisme ; qu’un philosophe qui attachait un si grand prix à la loi de continuité soit dépouillé de sa principale découverte, que le premier auteur d’une physiologie de l’esprit humain soit confondu avec Wolf, fondateur d’une psychologie rationnelle, et qu’un perpétuel malentendu fasse confondre à Kant l’œuvre du génie avec le système opaque et scolastique de son successeur, qui avait pesé sur son propre esprit, mais qui était enfin le dogmatisme de Wolf bien plus que de Leibniz.

ORIGINES DU SYSTÈME. CXXXIX

Pour nous, qui n’avions à nous occuper ici de cette loi que dans son rapport avec la science de l’harmonie, nous croyons avoir démontré quelle en est la base, et qu’une méthode dont le propre est de supprimer les différences, et de les éteindre graduellement, est un principe d’harmonie; que la connaissance des lois de la nature à laquelle Leibniz a réduit le problème ne dépend pas uniquement des mathématiques, mais qu’elle suppose, avec la loi de continuité, le sentiment inné de l'harmonie universelle , c'est-à-dire un fait psychologique incontestable, et que sa méthode mathématique n’a fait que préciser et développer davantage; que, fondé sur une méthode qui a eu ses applications dans les sciences naturelles, et sur un sentiment sans lequel ou u'est pas un grand philosophe, son système d’harmonie, envisagé dans ses traits principaux et débarrassé du langage de convention auquel Leibniz avoue qu’il s’est conlormé, a beaucoup de solidité et de profondeur. Et en effet, qu’est-ce donc que ce sentiment de l’harmonie, si cen’estl’àmeelle-même, et que cette loi de la continuité, sinon la raison, la raison, cette force qui domine la matière et la transforme en éléments de science par une méthode naturelle qui est la réduction de tout aux harmonies.

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