ATTAQUE AU CARTESIANISME. CXLI
quel mystérieux passage a conduit Leibniz, en partant de Descartes, à un système contraire, la monadologie? Pourquoi, dans les principaux dogmes de sa philosophie, surprend-on la trace d’une réaction évidente contre le cartésianisme et la substitution d'un système entièrement nouveau à un système contraire? Comment avonsnous pu caractériser sa principale entreprise de métaphysique en disant que c’était un travail pour rétablir la réalité des corps que la physique cartésienne semblait détruire? Comment sa pneumatique , élevée sur le principe anticartésien des idées confuses ou des petites perceptions, a-t-elle pour but principal de rétablir ce que Descartes avait nié dans les âmes, et de tirer de la masse des idées confuses, répandues sur le globe et supprimées contre l’évidence par cette philosophie, un système d’harmonie universelle plus nouveau et plus vaste ?
Sans doute il est un point où tous les grands esprits se rencontrent, et l’on ne peut qu’applaudir à cette tendance de l’éclectisme qui cherche à concilier les doctrines et à pacifier les esprits ; mais il faut bien reconnaître que pour Descartes et pour Leibniz, si leur but est semblable, leurs voies sont diverses. Je n’en veux d’autre preuve que les manuscrits inédits que nous publions. Us prouvent que Leibniz est l’homme du dix-septième siècle qui étudia le plus profondément la philosophie de Descartes , mais que ce fut pour la réfuter et la vaincre.
Ces manuscrits, en effet, appartiennent à une classe d’ouvrages plus spécialement critiques, tous dirigés contre elle et dont le plus important a été retrouvé par M. Gurhauer : je veux parler des Animadversiones ad
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Cartesii Principia, Ouvrage (le sa maturité, uou polémique, car il se compose de simples notes qui ne virent point le jour de son vivant, ouvrage dontM. Cousin paraît d’ailleurs avoir méconnu la portée , car c’est la plus substantielle critique de la philosophie de Descaries, prise dans l’enchaînement de ses principes, article par article, et cet écrit suffirait pour prouver qu’il était profondément versé dans cette philosophie. C’est dans la série de ces œuvres critiques et anticartésiennes que vient se ranger tout un ordre de documents nouveaux que nous publions et qui forment la principale partie de son attaque au cartésianisme. Ce sont d’abord trois lettres, dont l’une est un discours sur la démonstration de l’existence de Dieu par Descartes et porte ce titre parmi les autographes de Hanovre. Elles sont suivies de remarques que Baillet lui avait fait demander sur Descartes, dont il avait écrit la vie, et que nous y avons aussi retrouvées.
Nous dirons peu de chose des Remarques sur l’ouvrage de Baillet, car elles lui sont dictées par le même esprit qui a conduit sa plume dans les lettres si graves dont nous allons entretenir le lecteur , et elles s’appuient uniquement sur des faits ou des rectifications de faits que l’on doit discuter s’ils sont controuvés(‘). Ilugens, dont personne n’a mis en doute la modération, en a écrit d’analogues , que M. Cousin lui-même a donnés dans ses fragments.
(') La date approximative de cet écrit nous est donnée dans ce passage d’une lettre de Foucher, qui est du 50 mars 1693. Foucher lui écrit à celte date : « Je n'ay point encore vu la critique de la vie de Ueacartes écrite par Baillet. » Mais il est évident, d’après ce