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ATTAQUE AU CARTESIANISME. CXLIII

Les lettres sont une attaque directe non à la mémoire de l’homme, mais à sa philosophie. Elles sont donc une partie très-importante du programme que Leibniz s'élail tracé comme réformateur de la nouvelle philosophie. En voyant la vigueur des coups qu’il a portés, nousuvons dû songer aux droits de la défense. Descartes est un grand génie qui n’eût pas laissé cette attaque sans réponse. Le cartésianisme, même tel qu’il s’était constitué du temps de Leibniz, n’avaitpas toujours gardé le cachet du maître, mais c’était encore une étonnante doctrine; et, bien que l’intérêt de la vérité seule et sans acception de personne soit au-dessus des querelles d’individus et des questions d’école, nous avons dû nous demander si Leibniz 11e faisait pas dans ses lettres, adressées à des princes ou à des princesses et à des gens du monde, une exposition par trop exotérique de la doctrine de Descartes. Il faut distinguer entre sa critique et sa réforme, dont l’une est exposée dans ses lettres sur Descartes, et l’autre renfermée dans celles à Arnauld. Sa critique est souvent injuste, mais sa réforme est presque toujours victorieuse. Aussi nous adoptons l’une en partie et rejetons l’autre sur plus d’un point. Ce n’est pas que sa critique manquât de profondeur et ne dût arriver à décomposer la philosophie de Descartes. Sa méthode consistait à réduire le système de Descartes à ses éléments et à montrer qu’ils se retrouvaient tous dans les philosophies antérieures. On conçoit la profondeur et l’habileté d’une telle attaque s’adressant à un tel philosophe. Il avait la prétention de ne rien devoir à ses devanciers, et Leibniz

texte, que Leibniz l'avait envoyée en France, et que Foucher devait en recevoir communication.

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montrait qu’il leur devait tout. Mais cette critique, qui eût été vraie de tout autre, était excessive par rapport à Descartes; et si elle s’applique au système auquel il a donné son nom, elle n’atteint pas cet immortel esprit qui lui a survécu. Oui, le système de Descartes est un composé qui tombe sous la critique de Leibniz, mais son esprit lui échappe et ne saurait être soumis à ses procédés d’analyse, si puissants qu’ils soient. Ne perdons pas de vue cette importante distinction entre le système périssable et l’esprit immortel du cartésianisme : nous n’admettons pas avec Leibniz que Descartes ait abusé de ce grand mot de l’existence de Dieu, et qu’il lui fasse suivre un ordre nécessaire et fatal, comme faisait Spinosa ; mais nous croyons que son Dieu, plus scientifique que religieux, plus absolu que bon, plus occupé de faire que de savoir pourquoi, est bien un peu cette ex plication commode de la nature des choses que lui reprochaient Leibniz et Pascal. Nous ne croyons pas qu’il n’ait de l’immortalité de l’àme que les fausses apparences, et que ce qu’il en dit ne soit qu’un leurre pour les simples; mais nous sommes persuadé que la pensée, dans le système de Descartes, force infinie, universellement répandue dans la nature des êtres, peut conduire et conduit en effet à la suppression radicale de l’àme humaine, et réduit le grand problème de l’immortalité de l’àme à n’ètre qu’un cas particulier de l’éternité de l’Esprit, entrevue par Spinosa.

Nous n’accordons pas à Leibniz que la morale de Descartes soit un composé de celles des épicuriens et des stoïciens, mais il est vrai que les seuls échantillons qu’il en a donnés, et qui ne répondent certes pas à ce qu’il a

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