ATTAQUE AU CARTESIANISME. CXLIX
preuve. » Puis, veuant à ses attaques, « qui se réfutent d’elles-mêmes,» il trouve que c’est grand dommage qu’il ne se renferme pas dans les mathématiques , où il excelle , et se mêle de philosophie, où il n’a pas le même avantage.
Mais puisque M. Cousin renouvelait contre Leibniz les imputations que Regis avait déjà formées contre lui , il aurait dû citer la réponse que fit insérer Leibniz dans ce même journal , 9-26 août 1697 : « On m’accuse de vouloir établir ma réputation sur la ruine de celle de M. Descartes, s’écrie Leibniz, c’est de cela que j’ai droit de me plaindre. Bien loin de vouloir ruiner la réputation de ce grand homme, je trouve que son véritable mérite n’est pas assez connu... On s’attache aux endroits les plus faibles. C’est ce qui fait qu’à mon grand regret ses sectateurs n’ajoutent presque rien à ses découvertes, et c’est l’effet ordinaire de l’esprit de secte en philosophie... J’ai toujours déclaré que j’estime infiniment M. Descartes. Il y a peu de génies qui approchent du sien.... Si j’ai blessé ses disciples, c’est en voulant de temps en temps les réveiller. »
« On ajoute qu’il est surprenant que pas un cartésien « ne m’ait répondu. On en trouve cependant les réponses « dans les journaux de France et de Hollande et même « dans celui de Leipzig, aussi bien que mes répliques. — « J’en pourrais remplir un volume. »
Dans le vaste sein du cartésianisme, un œil éclairé comme celui de Leibniz pouvait déjà reconnaître des nuances imperceptibles, qui allaient bientôt s’accuser davantage, et des germes dont le développement fut pernicieux pour les doctrines du maître. L’unité, cette unité
CL IfiTHODUCTION ,
qui e$l ie rêve de l’esprit philosophique et que Descartes avait entrepris de ramener dans les sciences, manqua bien vite à son école. Je me représenterais volontiers, je ne dis pas ses tendances, mais ses destinées par celles d’une secte moderne. On sait que l'hegélianisme vit se former après la mort de Hegel, trois groupes distincts et qu’il en sortit deux rameaux inégaux mais directs, que l’on appelle du nom de gauche et de droite hégélienne, pendant que les hégéliens de la stricte observance se rallièrent au centre. Le cartésianisme se fractionna de même en trois groupes distincts. Il y eut une gauche cartésienne, dont le siège était en Hollande, et qui fit le plus grand tort à la doctrine. Il y eut aussi des cartésiens de la stricte observance, qui ne faisaient guère que des résumés de la philosophie de leur maître. Il y eut enfin cette fraction supérieure et théologique que j’appellerais volontiers les cartésiens d’origine augustinfenne : Malebranche, Fénelon, Arnauld, Bossuet, séparés sur des points de détail, mais dont la tendance générale est de subordonner Descartes à la théologie.
La division se mit bien vite au sein de cette école déjà fractionnée : le cartésianisme théologique lui-même fut très-divisé. Arnauld combattait Malebranche ; Fénelon, qui le combattait aussi, ne voulait pas paraître s’entendre avec Arnauld. La lutte de Fénelon et de Bossuet notait pas seulement une lutte d’influence, c’était sur»tout un combat d’idées. Si l’on retranche cette tête, qui n’est point de l’école mais au-dessus de l’école, restaient les cartésiens de la stricte observance, qui, tout éblouis de la gloire du maître, ne produisaient rien de grand, rien de nouveau, et la gauche cartésienne, qui remuait