ATTAQUE AU CARTÉSIANISME. CI.I
avec une audace étonnante les idées les plus dangereuses, déconsidérant le parti aux yeux de tous les hommes de sens et de tous les cœurs honnêtes, et éveillant même les susceptibilités d’un pouvoir ombrageux.
On aura beau grossir les forces du cartésianisme et chercher de nouveaux noms à lui donner, on sera réduit à convenir que Descartes fut bien fort, mais que son école proprement dite fut assez faible. Descartes n'avait point fait d’élèves. Il n’entrait pas dans ses vues d’avoir des disciples , et rien n’égale la dureté du noviciat qu’il leur faisait subir. Sa philosophie, qui n’avait rien d’engageant, plut à de mâles esprits par sa dureté même et son manque d’agrément. Sa morale était d’un stoïque, et il y eut des cœurs qui l’embrassèrent avec courage ; mais ceux-là ne furent jamais ses disciples attitrés et reconnus. Plus vrais cartésiens que les cartésiens de la stricte observance, que les expositeurs de la doctrine et les compilateurs de ses œuvres, ils surent s’inspirer de son esprit.
Un souffle de liberté agitait la France sous le grand roi. Une des causes qui ramenèrent le plus d’âmes à Descartes fut la persécution. Poursuivie d’abord avec fureur, cette philosophie fut ensuite embrassée avec superstition. C’est la marche naturelle de ces entreprises violentes sur la pensée philosophique : la persécution vient hâter le triomphe de la doctrine que l’on combat. On vit se former rapidement au sein du cartésianisme un camp d’opposants philosophiques, recrutés dans la noblesse, la bourgeoisie et la robe. Retz après les malheurs de la Fronde, Coudé lui-même en sa disgrâce, et plus tard l’intègre d’Aguesseau, vinrent se placer dans les rangs de