‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 41 sur 108 · OUI · texte numérisé non relu

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cette opposition. (‘) Ce n'étaient pas des mécontents sans doute, mais c’étaient d’honnêtes gens qui n’étaient pas fâchés de penser librement. Bien éloignés des impatiences et des nouvautés hardies qui s’échappaient du refuge de Hollande et venaient éclater à deux pas de Versailles, ils s’inspiraient cependant d’idées nouvelles en politique et même en religion. Si tel était l’état des esprits dans les plus hautes sphères, je laisse à penser ce qu’il dut être dans le peuple et la bourgeoisie. Les soupirs de la France esclave, d’abord contenus, s’échapppaient par ces voix intérieures et sourdes, mais bientôt de plus en plus claires à mesure que s’élevait le niveau des esprits et que s’accroissait le fardeau de la misère commune.

Rendons cette justice aux principaux membres du clergé de France, qu’ils ne cherchèrent pas à lutter contre ce courant de liberté qui circulait avec l’esprit nouveau. Ils voulurent seulement le diriger et le conduire. Et cependant Bossuet, qui veillait sur les remparts, s’écriait avec douleur : a Je vois un grand combat se préparer contre l’Église, sous le nom de la philosophie cartésienne. Je vois naître de son sein et de ses principes, à mon avis mal entendus, plus d’une hérésie. »

La grandeur d'âme, la fierté du courage d’une part, le progrès de la liberté de penser et l’affaiblissement de la discipline de l’autre, contribuèrent à répandre le cartésianisme, si par là on entend un courant de liberté. Je ne rechercherai pas si Descartes n’était pas

(*) Voir sur cette opposition sourde et continue M. Bouillier, 1. 1, et d’intéressantes leçons de M. A. Geffroy, Revue des cours publics, 19 août 1855.

ATTAQUE AU CARTESIANISME. CLIil

avant tout un génie amoureux de la règle et qui se fût mal prêté à ces velléités d’indépendance. Je veux indiquer seulement une des sources de l’engouement qui se produisit alors.

Mais des causes non moins profondes vinrent hâter le déclin du cartésianisme, pris non plus comme une tendance vague, mais comme une école nettement définie.

Descartes est un conquérant dans l'ordre de la pensée, et l’on ne peut voir à l’œuvre ces lieutenants d’un autre Alexandre sans songer au maître de qui ils tenaient cet empire dans leurs débiles mains. Descartes n’avait-il rien laissé à faire, lui qui croyait que rien n’est fait, si la moindre chose manquait à l’accomplissement de ses projets, si quidsuperessel agendum. Il n'avait qu’ébauché la physique, et nul ne se présente que Rohault pour l’achever. Il avoue lui-même, à la fin de sa géométrie, qu’il a laissé quelque chose à faire aux neveux, et je ne vois que Roberval pour le continuer dans l’Université de Paris. II avait promis une morale, et nul ne se trouve que Spinosapour l’entreprendre. La faiblesse des cours de Regis est attestée par les monuments qu’il a laissés de ses froides expositions, et l’on a bien quelque raison de douter de la clairvoyance de Clersellier, l’ami et le premier éditeur de Descartes.

Leibniz a nettement indiqué les causes de cette infériorité des cartésiens. L’esprit de secte est la première et la plus funeste. C’est lui qui, suivant Leibniz, aveugle les cartésiens de la stricte observance, « qui les entretient dans la fausse créance, également flatteuse pour la vanité et la fainéantise de plusieurs, qu’après Descartes il n’y a rien à faire. » C’est lui « qui fait perdre au public les

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INTHODUCTtON .

bienfaits de la liberté et de l'application, dont les prive ce fol entêtement. » On ne saurait nier que Leibniz a raison. Voyez les Rohaut, les Regis, Jaloux de la doctrine du maître, ils l’eussent volontiers entourée de ces procédés conservateurs dopt les Juifs et les Arabes environnent leurs livres sacrés. La philosophie de Descartes devenait entre leurs mains le dogmatisme le plus serré. Singuliers disciples de celui qui était venu dire aui hommes : Plus de maître ! ils semblaient prendre à tâche de prouver qu’on ne peut s’en passer. Rien n’égale la colère des cartésiens, dépossédés par Leibniz de quelques principes de la physique, et leur leuteur à admettre les recti-r fications les plus nécessaires, Leibniz est tout étonné de cet esprit fermé aux découvertes qui caractérise les cartésiens de la stricte observance, et il pe cesse de se plaindre dans ses écrits du peu d’ouverture que trouvent les dér couyertes pn France. L’Hôpital, qui popularisa les infiniment petits, n’était pas cartésien, Un géomètre cartésien avait toutes les peines du monde à revenir. C’est en parlant de l’un d’eux que Leibniz a dit : « Il doit y avoir plus de joie dans notre ciel géométrique pour un de ees pécheurs convertis que pour dix justes qui persévèrent. » Une autre cause d’affaiblissement qui n’avait point échappé à Leibniz, c’était de séparer totalement la raison de la foi, au lieu de chercher à expliquer leurs mutuels rapports. On s’efforçait de mettre à part ces deux ordres; on se cantonnait dans l’un ou l’autre de ces deux règnes, et Je théologien et le philosophe se perdaient de vue, pour ainsi dire à l’entrée même de la carrière. Cette philosophie séparée qui prévalut dans le camp des cartésiens purs, et dont Regjs est le type officiel eq France

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