ATTAQUE AU CARTÉSIANISME. OU
qu’il fatii aller chercher le vainqueur. Leibniz seul eut la force d’opposer à Spinosa un système original» qui reste encore la meilleure et la seule réponse philosophique, et qu’il appuya d’une réfutation directe et décisive.
La réfutation inédite de Spinosa par Leibniz» en effet» n’a rencontré d’opposants ni en France ni en Allemagne. Elle paraît faire loi désormais, et ceux mêmes qui avaient cru voir le spinosisme dans Leibniz reconnaissent aujourd’hui, après un nouvel examen, que son système est àü contraire une réaction contre celui de Spinosa. Cette réfutation est donc une preuve nouvelle et directe de la supériorité de Leibniz sur les cartésiens français, qui n’avaient pas trouvé dans leur camp de forces suffisantes à opposer aux cartésiens de Hollande, et il est piquant de penser que les néo-cartésiens euxmêmes ont été forcés de se rendre à son argumentation posthume; C’est un succès auquel ne l’avaient pas habitué les cartésiens de son temps , toujours si prévenus contre lui (').
Cette décadence ne pouvait échapper à Leibniz, doilt l’œil scrutateur interrogeait la France; Il lui suffisait d’ailleurs de jeter un regard sur la carte des sciences pour voir qu’elles avaient marché depuis Descartes, en France, en Angleterre, en Allemagne et en Italie. Ce grand peuple de savants disséminés sur la face de l’Europe civilisée, et formant trois groupes principaux dans
(•) On peut à ce sujet consulter avec fruit ub article de M. Erdmaifn dans la Hevüe de Hall», et un autre lie M. Saisset dans la lievtle des Deux-Mondes du 1" mars 48ti0.
les académies de Londres, de Paris et de Florence, n’obéissait pas comme un seul homme à Descartes. Beaucoup, qui avaient subi l'entraînante vigueur de son esprit, ne le reconnaissaient point pourtant comme chef intellectuel. Soit défection, soit confiance dans leur propre valeur, la plupart ne voulaient point de maître. A mesure que montait le niveau des connaissances scientifiques élevées et soutenues par Descartes, à mesure baissait l’estime qu’on avait faite de ce grand homme ; il n’eut bientôt plus de disciples que les prévenus et les faibles. Les Hugens, les Bernouilli, les Newton et surtout les Leibniz furent intraitables.
Les signes du temps semblaient appeler la réforme du cartésianisme. Ces voix, d’abord isolées, puis réunies dans des centres scientifiques, devaient encourager Leibniz à tenter l’entreprise. Mais quiconque a réfléchi sur ces sortes de réformes n’ignore pas qu’elles doivent être précédées d’une attaque décisive, et que pour ébranler des esprits prévenus il faut frapper des coups d'autant plus terribles que la prévention est plus grande. Or, les académies, si bien faites pour conserver le dépôt des saines traditions et rallier en faisceau les forces dispersées de tant de bons esprits, sont le plus souvent impuissantes à accomplir par elles-mêmes les réformes philosophiques, et quelquefois même contraires à l’audace de ceux qui les tentent. Leibniz, très-décidé à commencer une attaque qu’il jugeait nécessaire, mais convaincu de la vanité des efforts isolés d’un seul homme, de la stérilité des écoles de philosophie proprement dites et de l’esprit de conservation qui anime les académies, vit qu’il fallait chercher d’autres alliés, et il s’adressa,