ATTAQUE AU CARTESIANISME. CLX1X
vérité. » Dans la lettre suivante, il continue en lui envoyant ses premières impressions sur les Méditations de mélakysique de M. l’abbé de Lanion et les Conversations chrétiennes de Malebranche. Il l’attaque sur le sentiment cartésien de l’âme des bêtes et sur les preuves de l'existence de Dieu et de la distinction de l’àme et du corps, et comme Malebranche élude toujours la discussion métaphysique, « vous passez, lui dit finement Leibniz, tout ce que j’avais mis en avant pour entrer en cette matière. » Toutefois ces premiers germes d'une réforme du cartésianisme ne devaient pas être entièrement perdus. Dans la quatrième édition de la Recherche de la vérité, que nous avons sous les yeux, nous lisons ce passage. II s’agit d’une partie des plus importantes de la physique cartésienne qui traite des lois du mouvement, c’està-dire de celles que Leibniz avait le plus vivement attaquées. « Voici présentement quelques réflexions sur « le sentiment de M. Descartes , et sur l’origine de son « erreur. J’appelle son sentiment une erreur, parce que « je ne trouve aucun moyen de défendre ce qu’il dit « des règles du mouvement et de la cause de la dureté « des corps vers la fin de la seconde partie de ses Prin- « cipes en plusieurs endroits et qu’il me semble avoir « assez prouvé la vérité du sentiment qui lui est cou- « traire... M. Descartes était homme comme nous; on « ne vit jamais plus de solidité, plus de justesse, plus « d’étendue et plus de pénétration d’esprit que celle qui « paraît dans ses ouvrages, je l’avoue, mais il n’était pas a infaillible. Ainsi, il y a apparence qu’il est demeuré « si fort persuadé de son sentiment, qu’il n’a pas fait « réflexion qu’il assurait quelque chose dans la suite de
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« ses Priwipti qui y était contraire.., La certitude des • principes de la philosophie de Descartes ne peut donc « servir de preuve pour défendre ses règles du mouve- « ment; et il y a lieu de croire que si M, Descartes luiu même avait examiné de nouveau ses principes sans « préoccupation et en pesant des raisons semblables à a celles que j’ai dites, il n’aurait pas cru que les effets « de la nature eussent confirmé ses règles et ne serait « pas tombé dans la contradiction eu attribuant la du- « reté des corps durs seulement au repos de leurs parties, « et leur ressorti l’effort de la matière subtile (l). »
Ainsi Malebranche dès 1679 abandonnait déjà la physique cartésienne sur un point oh il ne pouvait plus la défendre contre Leibniz» et reconnaissait qu’il est impos? sible, en parlant de la notion de l’étendue, comme une masse en repos, de démontrer l'exjstence des corps, le repos n’impliquant pas la force, comme le croyait Descartes. Mais il conservait toujours la doctrine du maître sur un autre point qui lui paraissait devoir échapper longtemps aux atteintes de Leibniz, à savoir, sa grande loi de l’égale conservation du mouvement, Or, Leibniz
(') «L’autorité de Descartes, dit-il encore dans le jnème chapitre, fait un si grand effort sur la raison de quelques personnes, qu'il faut prouver en toutes manières que ce grand homme s’est trompé, alin de pouvoir les désabuser. > Quelques lignes plus bas : « De là je prétends, malgré toutes les défaites de M. Descartes et des cartésiens, que si ces grands corps étaient dans le vide, ils pourraient être encore agités avec plus de facilité.» (Rech. de la vérité, page 59t.) Il conclut contre lui en ces termes: « Il est donc évident que le repos n’a point dé force pour résister au mouvement, et que le moindre mouvement contient plus de puissance et plus de force que le plus grand repos. » Ibid.