‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 5 sur 108 · SOURCES DR LA PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. XIII · texte numérisé non relu

SOURCES DR LA PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. XIII

supériorité de la philosophie sur la politique , et le besoin pour les princes de s’inspirer de ses leçons? Représentez-vous Bossuet écrivant pour l’enseignement du dauphin, Fénelon soumettant au duc de Beauvilliers un projet de dialogue pour le jeune duc de Bourgogne; je doute qu’ils eussent trouvé un enseignement plus socratique , et déguisé d’une façon plus aimable les sévères leçons de la philosophie.

Ceux qui nient l’influence directe et décisive qu’exerça Platon sur Leibniz ne pourront lire l’abrégé du Phédon sans être frappés de ces rapports qu’ils avaient méconnus. Qu’ils se représentent seulement la situation d’esprit de ce philosophe vers l’époque où il traduisit ce dialogue (l). C’était peu de temps après son retour de France , où il avait pu voir quels progrès faisait la philosophie de Descartes, et vers l’époque où vient se placer l’aveu qu’il fait à Montmort : « Enfin le mécanisme, c’est-à-dire la physique cartésienne prévalut. » Jeté par la lecture de ses livres dans de sérieuses perplexités, et déjà même ne pouvant plus se soustraire à cette autorité si impérieuse, il va peut-être, infidèle à sa vocation philosophique, suivre un maître que ses instincts repoussent. Mais les dialogues de Platon qu’il avait lus plus jeune lui reviennent en mémoire, et il en choisit deux pour les traduire. (*)

(*) Ce fut en 1 676, au mois de mars. Cette date est indiquée par Leibniz en tête du Phédon. Elle prouve que ses études platoniciennes furent antérieures au développement de son système, et qu’elles fout partie des sources de sa philosophie. En effet, en 1676, Leibniz atteignait sa trentième année : c’est donc bien une étude préparatoire et non pas un fruit de son âge mûr, ou un travail postérieur à ses réformes.

Ce fut comme un trait de lumière qui le décida. Alors, c’est lui-même qui le dit, il vit ce qui manquait à Descartes, et il jugea que ce ne serait pas trop de consacrer une grande partie de sa carrière philosophique à réhabiliter ce qu'il avait dédaigné, à restituer ce qu’il avait banni, je veux parler de ces formes, de ces lois, de ces causes finales impitoyablement exclues par Descartes, et retrouvées dans Platon par Leibniz. Il y a dans le Phédon un passage que, dans la disposition d’esprit où il se trouvait alors, il ne pouvait pas lire, qu’il n'a pas traduit, j’en ai la preuve, sans en être frappé. C’est Socrate qui parle : « Comme je repassais souvent ces choses en moi-même, il arriva par hasard que j’entendis parler des livres d’Anaxagore, qui enseignait que l’esprit

donne à toutes choses l’ornement et en est la cause

Mais lorsque j'eus trouvé les livres d’Anaxagore, je fus bien déçu de mes espérances, car il ne se servait pas de l’esprit et de l’ornement des choses pour en expliquer le progrès; mais il recourait à un mélange d’éther, d’eau et d’air : comme si quelqu’un venait dire que je fais tout avec intelligence et que pour en donner la raison il dit que je suis assis ici pour reposer mes os et mes nerfs, qu’il vint à décrire ma manière d’être assis ou que pour expliquer la cause de notre entretien, il en oubliât les vraies et les cherchât dans l’air ou dans la voix ; ou bien que les Athéniens ont jugé qu'il était mieux de me condamner et que moi j’ai trouvé qu’il était mieux d’être assis sur ce lit. Déjà certes ces nerfs et ces os se trouveraient à Mégare ou en Béotie, d’autant, ce qui est tout à fait pour le mieux, que le choix m'en avait été laissé, si je n’avais pensé qu’il était plus juste et plus honnête

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