‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 6 sur 108 · SOURCES DE LJL PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. XV · texte numérisé non relu

SOURCES DE LJL PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. XV

de supporter les peines, quelles qu’elles soient, que la patrie exige de moi, que de m’enfuir et de vivre dans

l’exil Voyant donc que je ne pouvais me satisfaire

par moi-même j’entrepris une autre traversée (’). »

N’est-ce pas sa propre histoire que Leibniz retrouvait dans le Phédon? Lui aussi, il avait, au sortir des écoles, rencontré un maître, admiré et suivi de tous, dont il avait feuilleté les livres, et il se voyait maintenant comme Socrate, après les avoir lus, forcé d’entreprendre une seconde traversée. Dans la situation d’esprit où se trouvait Leibniz par rapport à Descartes, ces rapprochements qui paraissent fortuits au vulgaire, mais qui ne le sont jamais pour le vrai philosophe, devaient singulièrement l’affermir et l’éclairer dans son entreprise.

Ce n’est pas d’ailleurs une conjecture gratuite, c’est le témoignage même de Leibniz dont nous nous servons. Comment douter que l’étude approfondie de ce dialogue n’ait été l’événement qui le ramena du mécanisme d’un nouvel Anaxagore, quand lui-même nous indique la voie qu’il a suivie, quand nous voyons pour ainsi dire travailler sa pensée sur ce passage du Phédon et son ardeur s’allumer à celle de Socrate. Il nous dit que c’est la lecture de ce morceau qui l’aretiré « du nombre de ces philosophes trop matériels, desquels il n’exceptait point Descartes » ; que c’est Platon qui lui a enseigné «à faire couler les ruisseaux de la philosophie de la fontaine des attributs deDieu(*). » Et comme s’il eût craint de ne pas assez reconnaître ce qu’il lui devait, il saisit toutes les

(<) Voir page 78 et suivantes le texte latin de Leibniz et h suite de ce morceau.

(i) LeibnizH Opéra. Erdmann, p. *06.

Introduction.

occasions de citer ce merveilleux passage et de l’expliquer. J'ai relevé jusqu’à cinq endroits de ses écrits où il l’a reproduit. C’est d’abord dans une lettre à Foucher qui lui répond : «Vous avez fort bien rapporté un trait de Platon et à mon gré vous l’avez fort bien tourné : An polest aliquid exire à fonte Platonico quod non sit divinutn (•)? » C’est ensuite dans une de ses lettres à Bayle, qui roule sur l’explication des lois de la nature et où, non content de citer Platon, il en tire les inductions les plus fortes contre la philosophie de Descartes et en faveur des causes finales qu’il avait bannies (*). Mais qu’avonsnous besoin d’autres preuves que celles tirées des pièces même que nous produisons? Vous trouverez, dans une lettre qui fait partie de ce recueil (3), ces paroles significatives : « Descartes retranche de la philosophie la recherche des causes finales, au lieu que Platon a si bien fait voir que si Dieu est l’auteur des choses et que si Dieu agit suivant la sagesse, la véritable physique est de savoir les fins et l’usage des choses. » Le sommaire de la correspondance avec Arnauld n’est pas moins explicite. Il contient deux articles relatifs à la renaissance de la philosophie de Platon (A). Et enfin le discours de Métaphysique qui présageait toutes ses réformes s’appuie pour opérer celle-ci sur ce même passage tant cité (5).

Ainsi Leibniz voulait relever la philosophie de Platon

(*) Lettres et opusc. inédits, p. 105.

(*) Ertlmann, p. 100.

(») Page 5.

(*) Page 208, n° 20, passage mémorable de Socrate dans le Phédon de Platon contre les philosophes trop matériels.

(*) Page 535. Cela me fait souvenir d'un beau passage de Socrate

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