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ATTAQUE AU CARTESIANISME. CLXXIX

dans les mathématiques transcendantes, abandonner Descartes, son premier maître, qu’on l’entend, dans ses entretiens de métaphysique, s’élever à des considérations toutes nouvelles et bien étrangères à Descartes sur les différents ordres d'infinis, et notamment sur les infiniment petits, et qu’à la lecture de la Théodicée, il ne peut s’empêcher de convenir avec lui du principe de l’optimisme, comment ne pas voir que ces deux génies s’étaient enfin pénétrés, et que, comme il arrive toujours, le plus original et le plus savant avait modifié l’autre.

Leibniz nous apprend dans la Théodicée qu’à son retour de France par l’Angleterre et la Hollande, il vit Spinoza, et qu’il s’entretint avec lui. Nous avons raconté, dans un mémoire spécial, la visite que lui fit Leibniz dans une auberge de La Haye, les entretiens qu’ils y eurent ensemble et le résultat qui fut de prouver à Spinoza luimême que la physique cartésienne était fausse *. Voyageur au nom de la philosophie , Leibniz répandait ses doctrines et subjuguait ses rivaux par l’entraînante vigueur de son esprit et son universelle présence.

La correspondance avec Arnauld range aussi ce dernier parmi les cartésiens sur lesquels Leibniz a fait l’essai de son système, et dont il a singulièrement modifié les idées philosophiques. Ou y rencontre à chaque pas des phrases très-significatives, comme celle-ci de Leibniz à Arnauld : «Quoi qu’en disentles cartésiens, dontilsemble que vous-même ne vous êtes point soucié en ce point..., je demeure d'accord avec vous contre les cartésiens. » Et Arnauld lui répond : «Les difficultés que vous avez

(>) Voir la Réfutation inédite de Spinoza par Leibniz, p. 65.

•proposées aux cartésiens sont très-subtiles. » Ou bien encore : « Je serais bien aise de savoir ce que les cartésiens ont dit sur votre écrit. » Enfin les objections d’Arnauld, qui devenaient de plus en plus faibles, et que Leibniz avait presque toutes réfutées, prouvent que si Arnauld ne s’était pas entièrement converti, il était sorti de ce commerce moins cartésien qu’il n'y était entré.

Il faudrait appliquer le même procédé à tous les grands métaphysiciens du dix-septième siècle, à Fénelon , peutêtre même à Nicole et à Bossuet qui étaient pour les idées confuses, et l’on verrait que ses découvertes n’ont pas eu seulement pour effet de populariser l’infini dans les sciences mathématiques, et de lui former des disciples tels que L’Hospital et Fontenelle; mais qu’elles ont fait progresser ce même infini dans la philosophie où elles sont devenues, malgré le scepticisme de Bayle (*), la source de la plus sublime métaphysique.

On nie l’influence philosophique de Leibniz en France au dix-septième siècle, et cette influence est partout, non-seulement en France, mais dans les pays voisins, en Suisse (a), en Hollande (3) et même en Italie.

(') Et encore Bayle est un sceptique plein de respect pour la philosophie de Leibniz, et qui est bien près de se rendre sur certaines opinions cartésiennes qu’il avait professées. Il n’y a que sur le terrain de la Théodicée que la conciliation est tout à fait impossible, parce que les principes différent. Cf. Lettres et Opusc., 172, 318, etc.

(*) Voir sa correspondance avec Bourguet, professeur à Neufchâtel, où l’on vient de découvrir une série de lettres qu’il ne nous a pas été possible d’examiner, mais qui paraissent faire double emploi avec celles dont Dutens devait la communication à l’Académie de Rouen, et qu’il a imprimées dans son recueil.

(*) M. Bouillier a démontré que le cartésianisme était devenu,

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